La vie et rien d'autre

Tome 2


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Feuilles d’été

Pas beaucoup lu cet été de littérature, trop fatiguée ! Mais heureusement, quelques belles découvertes quand même :

L’inconnue de Blackheath, Anne Perry, « Debout sur les marches qui descendait dans la courette, Pitt frissonna à la vue des mèches de cheveux ensanglantés à ses pieds. » L’inspecteur Pitt, toujours là pour ma plus grande détente !

La curiosité est un péché mortel, Ann Granger  » L’homme assis en face de moi dans le compartiment de première classe portait un haut-de-forme noir brillant, entièrement recouvert d’un grand carré en soie blanche. » Un polar qui se passe aussi au XIXème, mais pas complètement convaincant.

La reine Victoria, Lytton Stratchey,  » Le 6 novembre 1817, la princesse Charlotte, fille unique du Régent et héritière de la couronne d’Angleterre, mourait après une courte vie dépourvue d’agréments et de bonheur. » Un des premiers biographes a tenté de mettre de la psychologie, et pas seulement des faits historiques dans une biographie, mais dans un style d’époque, ironique et surprenant.

Miss Alabama et ses petits secrets, Fannie Flagg, « Curieux, ce qu’on peut garder à l’esprit tant d’années durant, et ce dont on préfère ne pas s’embarrasser. » Décevant, en fait, après Beignets de tomates vertes, même si les peintures de personnages sont toujours très réussies, l’histoire est un peu creuse.

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De sang froid, Truman Capote, « Le village de Holcomb est situé sur les hautes plaines à blé de l’ouest du Kansas, une région solitaire que les autres habitants du Kansas appellent « là-bas« . Un docu-fiction, c’est-à-dire un roman bâti à partir de documents et de témoignages, une reconstruction parfaite donc, doublée d’une écriture narrative aux petits oignons.

Je, François Villon, Jean Teulé,  « Le corps carbonisé fumait entre les chaînes du poteau fixé sur un haut socle de pierre ». Ame sensible s’abstenir, mais quelle merveille d’immersion et d’empathie. Une perle.


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Aimez-vous les poètes anglais ?

Lire de la poésie peut être un moment si intime et si troublant qu’il est difficile de la partager sans décevoir.

Comme écrivit Paul Valéry : « Le poème, cette hésitation prolongée entre le son et le sens », fait que les deux liés vous atteignent, ou pas, mais s’ils touchent leur cible, alors c’est un baume, comme une belle peinture ou un beau lied.

Par ordre d’apparition, et en ne pouvant être exhaustive, lisez les Sonnets de Willliam Shakespeare, la désillusionnée Song de John Donne ou le poème si bouleversant Sur mon premier fils de Ben Jonson, le Sonnet [sur son 24ème anniversaire] de John Milton, le poème frustré A sa trop prude maîtresse d’Andrew Marvel, les Chants d’innocence et les Chants d’expérience de William Blake, ou le Sonnet composé sur le pont de Westminster par William Wordsworth, la Chanson du vieux marin de Samuel Taylor Coleridge , le rythmé poème George Gordon de Lord Byron, le poème de regret de Percy Bysshe Shelley To Wordsworth , Bright star de John Keats à  moins que vous ne préfériez sa drôle de Song about myself, les poèmes en prose ou en vers d’Oscar Wilde, A l’occasion de la vente aux enchères des lettres d’amour de Keats, en passant par le Sonnet à la liberté et par la Ballade de la geôle de Reading, et puis pour finir If… de Rudyard Kipling. Et si vous pouvez…, leur son est plus beau dans leur langue originelle !

                                                                                                              

Sonnet CXVI

A la sainte union de deux fidèles âmes

Je n’admets point d’obstacle : amour n’est pas amour

S’il varie en voyant varier l’autre flamme,

Non plus que, délaissé, il délaisse à son tour.

Oh non ! C’est une marque à jamais établie ;

Témoin de la tempête, il n’est point ébranlé ;

C’est l’astre où toute barque errante se rallie :

On en prend la hauteur, ignorant son effet.

Il n’est le fol du Temps, si jour et lèvres rouges

Dans l’aire de sa faux un jour doivent tomber ;

Heures brèves et mois en leur cours ne le bougent :

Jusqu’au bord du trépas il demeure inchangé.

Si l’on me peut prouver que je me suis trompé,

Je n’ai jamais écrit, nul n’a jamais aimé.

Shakespeare

George Gordon

Elle marche tout en beauté comme la nuit
Des climats sans nuage et des cieux étoilés ;
Et le plus pur de la clarté comme de l’ombre
Se rassemble dans son aspect et dans ses yeux,
Prenant le velouté de la tendre lumière
Que refuse le ciel au jour éblouissant.

Une nuance en plus, un seul rayon en moins,
Gâteraient à demi la grâce incomparable
Qui vient flotter dessus chaque tresse d’ébène,
Ou sur ses traits se pose avec légèreté ;
Là, des pensées d’une douceur sereine expriment
La pureté, la tendresse de leur demeure.

Et parant cette joue, parant aussi ce front
Si calmes et si doux, pourtant si éloquents,
Le sourire charmeur, les couleurs éclatantes,
Ne parlent que de jours vécus dans la bonté,
Esprit en paix avec toute chose ici-bas,
Coeur dont l’amour traduit la profonde innocence !

Byron

If…

 

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser le rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

Kipling

 


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Entre deux rives

Vingt ans de mariage ( et vingt-huit de vie commune) valaient bien un voyage, après un si long périple !

Une semaine stambouliote donc, à entrer dans les mosquées à chaque coin de rues, comme chez nous les églises, et à y admirer les faïences, souvent d’Izmir, les coupoles élancées et à tenter de se repérer dans cet espace sans nef ni transept.

Une semaine à écouter , puis à guetter, l’appel à la prière cinq fois par jour des muezzins.

Une semaine à humer dans nos assiettes des parfums inconnus, des feuilletés, des fromages de chèvre, des boulettes de viandes, des desserts faits de semoule ou de riz, des poissons excellents.

Une semaine pour visiter deux palais, celui de Topkapi, une merveille, des jardins intérieurs, des vues imprenables sur le Bosphore, son petit kiosque doré et son trésor, faits de mille et une pierres précieuse, de nacre, d’ivoire et de bois rares, et celui de Dolmabahçe, où vous pourriez arriver en bateau, avec ses lustres et ses rampes d’escalier en cristal de Baccarat et de Bohème et sa gigantesque salle de réception…

Une semaine pour apprendre à ne pas remuer sa petite cuillère dans son café turc, et à boire son thé aussi tannique qu’un vieux bordeaux !

Une semaine pour prendre le tram à l’ancienne de la place Taksim, passer devant la cité Pera et rejoindre la tour de Galata, ou pour faire une croisière en bateau avec à l’horizon une multitude de minarets, et sur le rivage des palais au charme suranné ou d’anciens villages de pêcheurs devenus lieux de villégiatures prisés.

Une semaine à côtoyer modernité et tradition, Istanbul seule ville au monde à être à cheval entre deux continents, et s’étonner sur une carte des voisins de la Turquie : Grèce, Bulgarie, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan, Iran, Irak et Syrie… Discuter avec Hale, notre guide turque d’un jour et comprendre que les turcs ne sont pas des arabes et que l’Islam n’y est pas une religion d’Etat.

 

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Istanbul 2014-002