La vie et rien d'autre

Tome 2


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Je suis dans le jardin de mes pensées

Je resserre mon gilet autour de moi, mais cette fois, c’est mon mari qui a remonté le chauffage. Dehors, le ciel est gris brumeux depuis des semaines et crève l’abcès, souvent, par pluies éphémères. L’hiver, mon corps se recroqueville et si j’étais un chat, je ferai comme le nôtre, j’irai me chauffer les os sur nos vieux radiateurs en fonte… Ma peau se crispe  et mes pensées se resserrent dans des espaces où je ne vous emmènerai pas. Vous n’y comprendriez rien, et moi-même d’ailleurs…

L’avantage de l’hiver, c’est qu’on voit mieux les mésanges jaunes, la merlette, le rouge-gorge de notre jardin, les tourterelles, les moineaux et le chardonneret élégant se gaver de graines de tournesol et de margarine. Hier, un geai, la beauté du diable était dans le jardin; cet oiseau multicolore mange les oeufs et pourchasse les oisillons. Dans notre jardin, les perce-neige, les narcisses et le cognassier du Japon ont fleuri, hiver, printemps et été mêlés.

Ce matin, j’ai acheté des mets tout prêts à manger parce que cuisiner aurait dérangé mes idées. Quand le ciel est gris en suspens, le temps s’étire plus lentement. Cet hiver est interminable, même mon mari semble le penser, qui me demande ce qu’il y a à faire dans le jardin. Alors j’ouvre mon jardin mois par mois, et il faudrait épandre le compost, supprimer les feuilles jaunes et les fleurs fanées, colorer en bleu mes hortensias si je voulais, diviser les perce-neige quand ils seront fanés, tailler les rosiers et les arbustes d’été. Bientôt il nous faudra décider par quel arbre remplacer le mimosa mort des froids de l’hiver dernier. J’ai bu un café, et refermé la dernière page de Rosa candida. La taille du pommier devra attendre la fin des gelées, mais on peut tondre à toute période de l’année. Il y a des livres qui semblent vous épouser, à moins que ce ne soit vous qui les rencontriez.

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Jardin de curé

Il y a quelques semaines, je me promenais en Charente-Maritime dans le parc d’un château, quand j’ai senti l’odeur forte et un peu acide du buis et c’est, comme à chaque fois, l’image d’un jardin de curé qui m’est venu à l’esprit. Et par la même, une vision de soutane, d’eau bénite, de bénitier en pierre, de prie-dieu, de Vierge à l’enfant et des senteurs de missel, de cierge et d’encens.

Et peut-être avez-vous eu, comme moi, une aïeule qui enlaçait le buis consacré sur les crucifix accrochés au-dessus des lits jusqu’aux Rameaux de l’année suivante ?

Et comme une rengaine me vint aussi la phrase mystèrieuse du Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux :  » Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat. « 

L’église n’est pas loin normalement du jardin et le cimetière primitif non plus, à moins que le jardin ne soit attenant au presbytère. Souvent il est petit, clos de murs en pierre.

Le jardin de curé se doit d’être, paraît-il, un mini jardin à la Française arrangé rationnellement, ce qui ne me plaît guère : mon tempérament contemplatif se plie difficilement à la géométrie et à sa soeur, la symétrie… Et le même jardin obéit au chiffre magique 7 car il doit :

1er commandement : prendre soin de l’estomac du curé et de sa bonne en y abritant un potager et des arbres fruitiers,
2ème commandement : orner l’église et l’autel en y cultivant des fleurs,
3ème commandement : soigner les corps en y recelant des simples,
4ème commandement : remplir le Saint Calice d’un bon vin en y accueillant une vigne,
5ème commandement : arroser le tout et abreuver les piafs du Bon Dieu en ayant de l’eau pour alimenter le bassin à moineaux,
6ème commandement : garantir l’Eternité aux fidèles en dépossédant les haies de buis (ou de laurier parfois) de quelques Rameaux pour mieux les asperger d’eau bénite (en Provence, c’est de l’olivier),
7ème commandement : et enfin, abriter une statue de la Sainte Vierge pour faciliter les prières du curé ou la lecture de son bréviaire.

 » Le jardin, d’environ un arpent et clos de murs, était un jardin de curé, c’est-à-dire plein d’espaliers, d’arbres à fruits, de treilles, aux allées sablées et bordées de quenouilles, à carrés de légumes fumés avec le fumier provenant de l’écurie.  »
Balzac, Paysans, 1844. 
Ségolène, merci de m’avoir donné envie de reprendre un peu de café… et plus deP’tites misères, j’espère.

Jardin du Prieuré de La Ferté Loupière, Yonne

Non, on ne s’y ennuie pas, car le potager et le jardin d’agrément mêlés, légumes et plantes vivaces et annuelles mélangés au sein des bordures… de buis souvent, contribuent au charme de l’endroit ! Dans ce jardin, pas si grand, conçu en carrés, les plantes ont vite débordé les haies et le jardinier laisse la nature y prendre sa légitime place, ce qui en fait un lieu paisible, foisonnant et bigarré, comme l’Eden qui enchante l’oeil. Tout est organisé mais sans en avoir l’air ; tout y porte à la méditation, mais pas à la distraction comme un vrai cadeau du Ciel !