La vie et rien d'autre

Tome 2


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Me mettre en veilleuse

Parfois, je veille. Je veille à ne rien laisser passer. Je veille à ce que le monde, celui de mon environnement professionnel (je ne concurrence pas LE grand quotidien !) ne manque aucune nouveauté. Forcèment, j’échoue, quelque part, vu le nombre de sources informationnelles existantes. Il faudrait, dans mon service de Documentation, une veilleuse rien que pour cette activité.

Dépouiller les newsletters, les flux RSS, les alertes des sites internet, les alertes des bases de données documentaires internes, les alertes de l’extranet.

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Sans négliger la nécessaire serendipity, qui est l’art de trouver sans chercher… En voguant sur la Toile, par grand vent, j’aurai la chance, peut-être, d’amerrir sur une île jusqu’alors inconnue, sur ma carte des favoris. Pour réussir cela, il faut casser les règles, accepter de se laisser porter par l’inconfortable incertitude…

La documentaliste navigue toutes voiles dehors, mais garde le cap. L’information peut être un labyrinthe, mais avec de la méthode, la sortie est à portée de mains.

Parfois, il me faudra mettre ma veille en veilleuse, quand le résultat de celle-ci s’avère anecdotique, rapidement obsolète, anonyme.

Ensuite, il ne faudra oublier aucun destinataire, qui aura changé de préoccupation informationnelle entre hier et demain… Il ne faudra pas omettre d’intégrer cette information dans un courriel, une newsletter-maison, un Intranet, sur un réseau…

Ainsi, à force d’expérience et de bonne fortune, la documentaliste, même enrhumée, finit par avoir du nez !

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Je n’ai pas décidé d’être documentaliste…

Avant de reprendre le travail,  et parce que les vacances sont propices à se retourner et à se dire que l’on n’a pas complètement perdu son temps à parcourir le chemin parcouru, et parce qu’il est bon de regarder en arrière pour mieux foncer en avant… J’ai entrepris de raconter la naissance de ma vocation à l’invitation de Gaëlle pour les rubriques estivales d’ En aparté.

Je n’ai pas décidé d’être documentaliste, mais sans doute était-ce écrit…

Lycéenne, je voulais être journaliste, j’avais un fantasme de ce métier : je me voyais grand reporter ou chroniqueuse dans un grand quotidien… J’ai effectué une année d’études après laquelle je me suis rendu compte que c’était un métier beaucoup trop rapide pour moi ! Je suis plutôt cérébrale et observatrice, trop lente pour retranscrire dans l’instant des faits que je n’aurais pas eu le temps de ressentir et d’analyser. Les 5 Q, la hiérarchie de l’info : tous ces principes qu’on apprend en 1ère année m’ont parus éphémères et artificiels. Avec le recul, je crois bien que j’y aurais perdu mon âme… de rêveuse.

Heureusement restait en moi le goût de la lecture, de l’écriture et de la transmission. Je tiens sans doute le 1er de ma mère, le 2ème de moi-même et le dernier a été confirmé après que j’ai épousé un enseignant. Enseignement, journalisme, libraire, bibliothécaire, documentaliste sont pour moi moins des métiers de l’écrit que de la transmission. J’aime apporter l’information, le document qui fera avancer un projet, une idée, un texte.

Comme je voulais travailler rapidement, j’ai passé un concours de la filière administrative de la fonction publique, et parmi les trois postes qui m’ont été proposés, un se trouvait dans le centre de documentation d’un ministère. Voilà comment j’ai rejoint les rangs des professionnels de l’Info-Doc.

J’ai dû me former sur le tas à des techniques documentaires souvent rigides et rébarbatives : catalogage, indexation, classification, thésaurus… Mais j’aime l’ordre, pourvu qu’il n’étouffe pas la créativité, et la rigueur doit être une des qualités majeures de la documentaliste. Apprendre seule n’a pas été toujours aisé : se familiariser avec le jargon, appliquer des modes d’emploi dont on ne comprend pas bien la finalité. J’ai souvent eu l’impression de piloter sans visibilité. Cependant la novice sans expérience a cet avantage qu’elle porte un regard « frais » et non dogmatique sur les pratiques de son métier, et est, de fait, naturellement plus critique sur des méthodes et des conceptions anciennes, mais parfois dépassées.

Par la suite, j’ai pu faire appel à cet instinct neuf et appliquer mes idées quand j’ai réussi le concours de chargé d’études documentaires. Je suis devenue responsable d’un service de documentation, et j’ai pu expérimenter d’autres domaines d’activités : veille, gestion des connaissances, webmestre, communication, entre autres, en plus de l’encadrement d’un service avec tout ce que cela comporte de relations hiérarchiques parfois complexes mais enrichissantes aussi.

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Cela fait 17 ans que je travaille dans la Documentation et j’ai changé trois fois de poste : l’intérêt du métier est qu’avec les mêmes compétences professionnelles, on peut exercer dans des organismes aux domaines d’activité très différents. Cela demande un investissement intellectuel un peu poussé au début, mais cette régénération cellulaire est très motivante et valorisante !

Je n’ai pas choisi d’être documentaliste, mais j’ai eu vraiment quelques opportunités (d’autres appelleront cela des signes), et je les ai saisies. Ce dont je me félicite tous les jours !

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Je ne suis pas bibliothècaire, je suis documentaliste !

Après je ne suis pas fonctionnaire, je suis documentaliste… : un nouvel épisode !

En finir déjà avec l’image de la bibliothècaire, en jupe de tweed et lunettes, le regard terne et sévère derrière son comptoir, enregistrant votre prêt et répondant à une demande de livre du bout des lèvres. Les bibliothèques ont pris un coup de neuf pour la plupart, même s’il reste encore des médiathèques et bibliothèques où le culte du document (livre, cd, entre autres) reste plus important que celui de l’utilisateur. Or, sans usager, pas de bibliothèque !

Révolution des pratiques à laquelle il a bien fallu penser, la faute à Google, à Internet, et à nous tous qui confondons information et connaissance.

Les documentalistes ont eu encore plus d’urgence à appréhender ces changements, parce qu’elles s’appuient moins ou pas sur une bibliothèque physique, et qu’il leur faut donc justifier de leur utilité face au grand Google qui collecte tout, indexe tout (mais mal) et recrache tout dans un ordre de bataille parfois pertinent mais pas du tout fiable et ordonné. Or la documentaliste, en plus d’être obsédée d’informations recoupées, a tout comme la bibliothècaire ou l’archiviste horreur du désordre : elles sont toutes les trois folles de classement, de classification, de catalogage, d’indexation ; elles n’ont pas de repos avant d’avoir mis tel document, telle information, tel savoir, dans une case où on pourra le retrouver sans se perdre. Car, aujourd’hui, ce n’est plus chercher qui pose problème mais trouver son chemin dans le grand tout informationnel.

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Les documentalistes orchestrent des flux. Parfois, mon métier me fait penser à ce jeu où les participants se passent une balle et quand le jeu prend fin, celui qui a la balle en main est éliminé. Mon jeu à moi est de ne surtout pas garder l’information pour moi et d’anticiper les besoins : tel document alimentera telle base de données et sera signalé à telle personne concernée, telle information sera diffusée à l’ensemble du personnel, telle donnée sera transmise à cette personne qui pourrait bien en avoir besoin justement maintenant parce que je sais qu’elle travaille sur tel sujet. Et même les livres que j’acquiers n’ont aucune vocation à prendre la poussière sur les étagères ! N’importe quel document est fait pour être lu, utilisé, usé.

Mon poste actuel m’amène à gérer, cependant, une toute petite bibliothèque qui est plus une réserve de livres qu’un lieu de vie, contrairement à une médiathèque pour laquelle la localisation physique a encore une signification. A la réflexion, et avec ma vocation qui est d’informer les personnes qui en ont besoin, je réalise que le livre, en tant que support physique en papier, n’est rien. C’est ce qu’il contient qui est important : les moindres donnée, document, information, savoir sont le seul Graal à transmettre. Peu importe qu’il soit dans un article de revue, un livre, un site institutionnel ou un blog, c’est lui qu’il est urgent de transmettre pour que le lecteur ait son grain à moudre et le transforme en… bon pain.

On assimile encore fréquemment mon métier à celui des libraires que l’on classe souvent dans les  » métiers du livre  » . Mais nous sommes des professionnels de l’information, à mon avis bien plus proche d’un enseignant ou d’un journaliste, avec comme point commun d’être des vecteurs d’information. Ce qui diffère est dans la nature de l’information : là où l’enseignant tente de transmettre un savoir et un savoir-faire, le journaliste nous délivrera une information, et le bibliothècaire et le libraire un objet.

Bien sûr, ces professions ne sont pas parfaitement étanches, et il m’arrive de jouer dans les autres cours. Et bien d’autres  » métiers  » se sont créés autour du métier de la documentaliste que j’ai pris sous ma casquette et qui feront l’objet d’autres messages, car je suis aussi chargée de veille, record manager, gestionnaire de connaissances, webmestre, gestionnaire de contenu… Et juste un peu bibliothécaire, oui.

Merci à GG qui m’a inspiré ce message, du temps où il se déplaçait à la  » bibliothèque » …

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