La vie et rien d'autre

Tome 2


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Un grand

On nous parle souvent d’éducation parentale, mais on oublie souvent de nous dire que nos enfants aussi nous obligent à évoluer, à changer, à nous questionner, à nous remettre en question, à grandir !

Leur amour sans jugement nous regarde, sans critique et sans complaisance, juste avec la vision pure, celle que n’ont pas encore abîmée la peur de déplaire, les préjugés ou la politesse.

Leur existence nous fait connaître l’extrême amour et l’extrême peur aussi, car l’une ne va pas sans l’autre.

Ils sont notre miroir et nous renvoient notre image souvent en positif parfois en négatif, et c’est tant mieux : il n’est jamais trop tard pour apprendre !

Aujourd’hui Quentin a 18 ans.

Il est attentionné, sérieux, brun aux yeux bleus, orgueilleux et matheux, gourmand, dix-neuf centimètres plus grand que le sommet de mon crane, sociable et secret.

Je suis si ébahie de l’homme qu’il devient, si heureuse de le connaître et je lui souhaite toute l’aventure du monde.

 

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Laissons nos enfants être des enfants

En lisant le texte de Pierre Rabhi Aidons nos enfants à devenir eux-mêmes, sur la non-corrélation possible entre enseignement et réussite, celui de l’espoir d’Agathe pour son fils dyslexique, et à la suite le commentaire d’Anne sur le manque de formation des enseignants face aux difficultés de leurs élèves, en parlant souvent avec mon mari professeur de lettres-histoire en lycée professionnel, en ayant eu des années de conversations enrichissantes avec les instituteurs de mes enfants et une amie assistante sociale, et en ma qualité de mère aussi, je m’interroge souvent sur ce que je veux pour mes enfants.

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Est-ce comme pour Pierre Rabhi résister à la pression scolaire, parce que d’une part rien ne garantit que d’être éduqué permet d’avoir un métier, et parce qu’une personne éduquée ne sera pas forcément une bonne personne. Je pense qu’effectivement réussir sa vie se situe ailleurs : dans la qualité de l’écoute de l’autre, dans la tolérance acceptée qu’il soit différent de nous, dans le talent de s’exprimer sans préjugés.

Anne indiquait qu’on ne savait pas pourquoi il y avait plus de dyslexiques maintenant qu’auparavant. Mais peut-être n’étaient-ils pas diagnostiqués ? Ils étaient juste considérés comme inaptes aux études et allaient vers d’autres métiers, manuels, pratiques, concrets. Est-ce qu’il faut malgré tout pousser les plantes ? Les faire suivre par un pédopsychiatre, un orthophoniste, un instituteur spécialisé ? Peut-on résister à la pression sociale, à celle du système scolaire ?

Je repense aux enfants qui ont des difficultés avec leurs devoirs : soit qu’ils ont des parents qui ne peuvent pas les aider, soit que l’aide n’est pas appropriée. Je me souviens de ma Maman qui avait tenté de m’expliquer les divisions avec un vocabulaire qui était celui de son institutrice 20 ans avant. L’incompréhension fait vite place à l’impatience qui fait place à la colère qui dans certains cas, fait même place à une violence psychologique très forte, comme me l’a raconté une fois Valérie qui pratique comme assistante sociale dans un quartier difficile de Lyon.

Je ne serais pas prête à faire sortir mes enfants du sytème scolaire parce que mon expérience, mon éducation, mes goûts me poussent à cultiver le  » savoir intellectuel « , mais je n’en ai pas moins tort et je le sais. Heureusement, autour de moi, comme tout un chacun, je connais des personnes dont le chemin fut sinueux, chaotique qui peuvent se targuer de belles réalisations et qui ont aujourd’hui un métier qui les fait vivre, aux sens propre et figuré !

Mon fils est suivi par un orthophoniste pour une petite difficulté de langage qui révèle plus une difficulté de communication qu’une difficulté d’apprentissage scolaire, mais qui est le signe néanmoins de ce qu’il est au plus profond de lui. Dans le cas de petite pathologie, est-ce que le faire suivre par un spécialiste n’est pas lui enlever une chance d’être lui-même, d’abimer sa personnalité ? Est-ce que, pour reprendre les troubles possibles indiqués par Agathe dans le cas de la dyslexie, notre enfant ne peut pas être parfois lent, fatigable, immature, paresseux, dissipé, rêveur ? N’est-ce pas chercher à le faire entrer dans une image idéale du bon élève, bien dans sa peau ?

Est-ce que nous-mêmes adultes sommes toujours au maximum de nos possibilités intellectuelles et dans le nirvana de la sérénité ? Ne savons-nous pas que quoi que nous fassions pour les entourer et les sauvegarder nous ne leur épargnerons pas leur lot de souffrances ? Et comme dit mon mari si justement, il faut tomber de vélo parfois pour apprendre à se relever et à remonter dessus. Discours difficile à tenir, il est vrai, quand l’amour parental se tient plus au niveau du coeur que de la raison.

J’avais, dans le collège de mes enfants, participé à des simulations de jury pour des lycéens qui souhaitaient se présenter à des grandes écoles. On y jugeait plus de la capacité à avoir des relations sociales que des relations humaines.

J’ai aussi conscience d’être éduquée, de gagner ma vie et de pouvoir parler avec  » un certain  » détachement de cela. Je rappelle aussi parfois à mes enfants la chance qu’ils ont de recevoir un enseignement, de savoir lire, écrire, compter, d’avoir un pouvoir sur leur vie. Le système scolaire tel que nous le connaissons actuellement est unique, il a ses limites et ses échecs, mais il est aussi un atout incroyable voire une porte vers la liberté pour beaucoup de jeunes. Un article d’il y a plusieurs mois m’a appris cependant qu’il y avait des parents qui avaient choisi de ne pas scolariser leurs enfants et leur faisaient l’école à la maison par le biais d’organismes certifiés. Sincèrement, l’enseignement est un métier, une vocation : je ne pense pas qu’il faille mélanger les rôles.

J’ai 42 ans, je sais que la vie est ailleurs que dans ce que nous ont appris les professeurs, qu’être soi-même est un sacré tour de magie qui n’arrive pas d’un seul coup de baguette magique. Je pense qu’il faut laisser leur place à tous les professionnels, leur juste place seulement, mais les remercier aussi d’enseigner à nos enfants, de les aider, de les encadrer ; la plupart fait de son mieux avec les moyens qui lui sont donnés. Je pense que les parents sont là pour pondérer, pour exprimer leur propre intuition en essayant d’être le moins possible dans un discours dicté par leurs désirs et… leurs peurs. Vaste pari, je sais.   

Mais essayons, juste un peu, de laisser nos enfants devenir eux-mêmes.

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