La vie et rien d'autre

Tome 2


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Vieillir

Allez voir ses grands-parents, c’est renouer avec son enfance et se projeter dans un avenir qui fait peur parfois.

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J’ai le souvenir incroyable et dérangeant de mon arrière-grand-mère paternelle qui à 90 ans passés m’avait soufflé lors d’un repas de famille qu’elle ne voulait pas mourir. A l’époque, elle était très sourde, et ne pouvait suivre et participer aux conversations autour d’elle, mais elle était encore très mobile et active. Ma grand-mère s’épuisait à lui parler fort et à lui répéter nos propos. J’avais 20 ans et à cet aveu je n’avais pas su quoi répondre. A 20 ans la mort est généralement quelque chose de très abstrait, de lointain. A 20 ans, je trouvais assez normal que les vieux partent avant les plus jeunes. A 90 ans, la personne a déjà fait un beau bout de chemin et ça semble être une chance. Mais c’est évident personne ne veut mourir, et plus je vieillis plus je comprends que le corps peut vous trahir alors qu’on a toujours les pensées et les aspirations de ses 20 ans.

Comme me disait mon grand-père paternel ce week-end :  » Ce n’est pas beau de vieillir « . Il a, autour de lui dans dans sa maison de retraite, beaucoup de ses voisines qui se sont éteintes petit à petit, le corps puis la tête est partie, avant que la lumière s’éteigne pour de bon. Papi Moustache a une vision de la vie qui est de profiter de chaque jour et de se faire plaisir ; il est encore très bien portant et est le seul à sortir se promener dans la ville. Et il a encore un bon coup de fourchette, qui fait de lui le bon convive, celui qui ne pinaille pas devant un repas roboratif. Il n’a pas arrêté de faire des jeux de mots qui nous font rire et nous surprennent toujours. Comme si la vieillesse devait vous faire perdre votre sens de l’humour.

Ma grand-mère maternelle, elle, est mécontente de tout et a renoncé à tout. Pas envie. Difficile de comprendre un tel auto-apitoiement et un tel abandon. Difficile à vivre pour ses enfants surtout ; je sais à quel point ma Maman en a souffert. Mes enfants ne la connaissent que couchée, et se plaignant de mille maux. Il la trouve bizarre, mais l’accepte telle qu’elle est : grande simplicité des enfants à ne pas juger.

D’autant plus qu’à l’opposé, ils ont trois figures grands-maternelle et arrières-grands-maternelles de caractère. Deux d’entre elles ont travaillé toute leur vie et ont été veuves assez jeunes ; elles ont la force d’âme de continuer à vivre en y trouvant du plaisir et de l’intérêt. Elles sont indépendantes, ne se laissent pas marcher sur les pieds, entretiennent leur maison, leur potager, leurs amis. Je regardais avec les garçons récemment ce très beau film  » Miss Daisy et son chauffeur « . Miss Daisy, femme de 70 ans que l’on voit vieillir sur 20 ans, qui se bat pour ne pas recevoir de l’aide : elle est maîtresse chez elle et tant qu’elle peut faire les choses, c’est elle qui les fera. La grand-mère des garçons et leur arrière grand-mère maternelle sont comme cela : il n’est pas nécessaire d’évoquer la vieillesse et les mesures qui seront à prendre tant qu’il n’y a pas lieu. Un point, c’est tout. C’est leur liberté après tout de ne pas vouloir se projeter, cela arrivera bien assez vite, et un jour après l’autre est tout ce qu’elles veulent entendre. Et nous, jeunes valides et dynamiques, sommes bien obligés de rengainer nos messages de raison et de prévoyance. Une autre a décidé de prendre les devants pour s’installer dans un appartement qui lui permettra tout en étant indépendante de recevoir des soins nécessaires quand la nécessité s’en fera sentir.

Nos aïeux ne sont pas plus difficiles en vieillissant, ils n’ont pas plus de  » caractère « , ils sont juste dans la continuité de leur personnalité, mais se débarassent petit à petit des horipeaux du temps passé.   

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Où l’héroïne est une octogénaire…

Toute passion abolie de Vita Sackeville West

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Ironie et élégance toutes anglaises… ou comment évoquer des préoccupations triviales sans atermoiements.

Le  » Never explain, never complain  » britannique est, dans ce livre, démontré avec toute l’efficacité et la discrétion nécessaires.

Comment parler, en effet, sans tomber dans le pathos, de la vieillesse, du corps qui vous lâche, de la mémoire qui se fait sélective, du désir que l’on a de s’éloigner de tout ce et tous ceux qui nous encombrent ? Comment faire d’une femme très agée, l’héroïne d’un récit sans craindre le ridicule ou sans avoir peur d’effrayer son lectorat ? Car quoi de plus désagréable que de penser au grand âge et à la mort ?…

Ici, c’est une leçon de détachement.. Pourquoi s’inquièter de ce qui arrivera de toute manière ? Pourquoi combattre ce qui est inéluctable ? Pourquoi vouloir changer ce qui ne peut l’être. Un livre de la sagesse acquise.

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