La vie et rien d'autre

Tome 3


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L’attente

J’attends mon changement de travail,

Dans une semaine, j’entamerai une nouvelle vie professionnelle,

Même métier mais autre institution,

Vingt ans que j’étais dans le même cocon,

Prison dorée où je me suis fait piéger,

Par le confort,

Heureusement il aura suffi d’une rencontre,

en forme d’espoir et de coup de pied aux fesses,

pour que tout change,

j’ai peur un peu,

et je me sens aussi sereine,

et si vivante,

enfin.


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Aimez-vous les poètes anglais ?

Lire de la poésie peut être un moment si intime et si troublant qu’il est difficile de la partager sans décevoir.

Comme écrivit Paul Valéry : « Le poème, cette hésitation prolongée entre le son et le sens », fait que les deux liés vous atteignent, ou pas, mais s’ils touchent leur cible, alors c’est un baume, comme une belle peinture ou un beau lied.

Par ordre d’apparition, et en ne pouvant être exhaustive, lisez les Sonnets de Willliam Shakespeare, la désillusionnée Song de John Donne ou le poème si bouleversant Sur mon premier fils de Ben Jonson, le Sonnet [sur son 24ème anniversaire] de John Milton, le poème frustré A sa trop prude maîtresse d’Andrew Marvel, les Chants d’innocence et les Chants d’expérience de William Blake, ou le Sonnet composé sur le pont de Westminster par William Wordsworth, la Chanson du vieux marin de Samuel Taylor Coleridge , le rythmé poème George Gordon de Lord Byron, le poème de regret de Percy Bysshe Shelley To Wordsworth , Bright star de John Keats à  moins que vous ne préfériez sa drôle de Song about myself, les poèmes en prose ou en vers d’Oscar Wilde, A l’occasion de la vente aux enchères des lettres d’amour de Keats, en passant par le Sonnet à la liberté et par la Ballade de la geôle de Reading, et puis pour finir If… de Rudyard Kipling. Et si vous pouvez…, leur son est plus beau dans leur langue originelle !

                                                                                                              

Sonnet CXVI

A la sainte union de deux fidèles âmes

Je n’admets point d’obstacle : amour n’est pas amour

S’il varie en voyant varier l’autre flamme,

Non plus que, délaissé, il délaisse à son tour.

Oh non ! C’est une marque à jamais établie ;

Témoin de la tempête, il n’est point ébranlé ;

C’est l’astre où toute barque errante se rallie :

On en prend la hauteur, ignorant son effet.

Il n’est le fol du Temps, si jour et lèvres rouges

Dans l’aire de sa faux un jour doivent tomber ;

Heures brèves et mois en leur cours ne le bougent :

Jusqu’au bord du trépas il demeure inchangé.

Si l’on me peut prouver que je me suis trompé,

Je n’ai jamais écrit, nul n’a jamais aimé.

Shakespeare

George Gordon

Elle marche tout en beauté comme la nuit
Des climats sans nuage et des cieux étoilés ;
Et le plus pur de la clarté comme de l’ombre
Se rassemble dans son aspect et dans ses yeux,
Prenant le velouté de la tendre lumière
Que refuse le ciel au jour éblouissant.

Une nuance en plus, un seul rayon en moins,
Gâteraient à demi la grâce incomparable
Qui vient flotter dessus chaque tresse d’ébène,
Ou sur ses traits se pose avec légèreté ;
Là, des pensées d’une douceur sereine expriment
La pureté, la tendresse de leur demeure.

Et parant cette joue, parant aussi ce front
Si calmes et si doux, pourtant si éloquents,
Le sourire charmeur, les couleurs éclatantes,
Ne parlent que de jours vécus dans la bonté,
Esprit en paix avec toute chose ici-bas,
Coeur dont l’amour traduit la profonde innocence !

Byron

If…

 

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser le rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

Kipling

 


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Entre deux ondées

Entre une giboulée et un coup de vent… mijoter des pavés de cabillaud avec des pommes de terre et des asperges vertes, regarder les catalogues de prêt-à-porter du printemps  (qui attend derrière les nuages), organiser enfin les vacances d’été de chacun, entrevoir de quoi seront faits nos weeks-ends du printemps (anniversaires de dizaines, mariages, retrouvailles annuelles des amis de 30 ans), s’armer de patience pour assister aux portes ouvertes, parler des codes vestimentaires, de politesse, verbaux avec une jeune fille des îles, admirer les perce-neige en fleur et les narcisses en bouton, se faire une fête d’aller dîner à la Cigale avec quatre jeunes gens pour qui l’avenir est un livre à écrire, me demander, tiens… au fait, à propos…, faire notre lit pour le plaisir de se coucher le soir dans un lit à ouvrir, entendre le chat qui ronfle doucement sur le radiateur en fonte, se réjouir du bon nouveau polar en cours prêté par une nouvelle amie, se féliciter de rencontrer encore de nouvelles personnes avec qui on a envie de passer des moments à discuter des tous et des riens, attendre le retour du grand de Rennes, téléphoner à ma grand-mère qui peste de ne pouvoir aller dans son jardin, téléphoner à ma grande-tante qui a besoin de soutien, bien occupée de tout et de pensées mais avancer en accord aujourd’hui !

plume