La vie et rien d'autre

Tome 2


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Les vivants et les morts

Deux jeunes Rémoises nous alpaguent de leur fenêtre alors que nous passons dans leur rue en touristes contents mais fourbus : elles s’étonnent qu’on puisse venir dans leur ville en vacances….
Et pourtant, du Nooorddd, je n’ai pas attendu Dany Boon, pour en avoir de merveilleux souvenirs. J’ai vécu six mois à Lille par obligation, et comme les personnages de Bienvenue chez les Ch’tis, j’ai pleuré en y allant (Il faut dire que je venais de rencontrer M. Today) et j’ai pleuré en en repartant. Ce n’est pas peu dire d’affirmer que les habitants du Nord sont accueillants… Avec M. Today, qui me rejoignait les week-ends, outre les passages en Belgique (Bruxelles, Bruges…), nous avions tant aimé Lille, le Boulonnais, Lewarde, l’Avesnois… N’en déplaise aux chanteurs, le Nord, ce n’est pas que terrains vagues et corons…
Et il a fait bien plus beau là-bas qu’ici : vous verriez mon hâle !

Alors, cette fois-ci, nous voulions aller voir les sites de la Première guerre mondiale. A Péronne, nous avons commencé avec le Mémorial qui présente en parallèle des objets allemands, français et anglais. Puis, une autrement belle visite nous attendait sur le Chemin des Dames avec la visite de la Caverne du Dragon par une guide, Pauline, passionnée et passionnante, avant une promenade sur le Plateau de Californie, aujourd’hui reboisé mais dont le relief garde encore les traces des combats : cratères d’obus et de mines, tranchées en zigzag… Puis, nous avons laissé les batailles de la Marne pour celles de l’Argonne, en nous dirigeant vers Verdun et sa citadelle souterraine, son cimetière militaire américain de 14246 croix, son fort de Douaumont, ses villages rayés de la carte…
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Depuis le 4 mai, tous les vétérans de cette terrible guerre sont morts, et il ne faut pas laisser aux seuls soins des historiens, que nos enfants se souviennent… Même si vainqueurs ou vaincus, une guerre est d’abord une défaite.

Notre fatigue de pélerins trouva heureusement son hâvre de paix à la Ferme Lafayette où accueil flamand, dîner réconfortant et ravissantes chambres nous ont charmé, pendant que nos yeux se reposaient face aux amples et champêtres paysages de la Meuse.

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Nous avons fait aussi quelques digressions pour aller admirer la cathédrale de Reims qui a vu Clovis, Charles VII et Jeanne d’Arc et où se côtoient vitraux classiques et ceux de Chagall, et pour admirer du bout des papilles les 21 millions de bouteilles entreposées dans les crayères des champagnes Vranken-Pommery. Et une bulle menant à une autre, nous avons échoué au Musée européen de la Bière, extraordinairement complet et pédagogique.

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En haut Marc Chagall à Reims, en bas René Dürbach à Charleville-Mézières

Et d’ ivresse en sensations, nous avons poussé jusqu’à Charleville-Mézières où la maison et le musée de Rimbaud nous ont ému, avant d’aller admirer la place ducale et s’ébaubir devant les étincelants vitraux surréalistes de la basilique gothique, et pour, finalement, continuer à croire au talent de l’Homme… 

 

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Un petit carré de piscine

J’ai passé de réguliers mois de juillet, depuis mon plus jeune âge, dans la maison de mes grands-parents sur l’Ile de Noirmoutier.

En face de notre maison blanche aux volets bleus, il y a eu longtemps une piscine aux hauts murs blancs. On y entrait en passant dans une pataugeoire avant d’accèder au grand bain. L’intérieur de la piscine était recouvert de petits carrés de céramique de couleur bleue claire légèrement irisée.

Cette piscine était réservée aux habitants du village qui étaient tous la plupart des estivants; encore aujourd’hui peu de personnes s’y sont installées à demeure. Puis la piscine fut détruite, sans doute faute de fréquentation : la grande plage de sable est à 500 mètres de là derrière les dunes…

Longtemps on a trouvé dans le sable à proximité de son ancien emplacement des petits carrés bleus…, puis le temps a passé.

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Il y a une dizaine d’année quand je vivais à Paris, j’ai participé à des ateliers d’écriture Elisabeth Bing et j’ai relaté ce souvenir. Quelques semaine après l’écriture de ce texte un brin nostalgique, ma famille et moi sommes allées en vacances dans notre maison de Noirmoutier. L’été, j’ai souvent plaisir à me rendre à la plage pieds nus. Quelle délectation après plusieurs saisons les pieds enfermés dans des chaussures plus ou moins confortables de sentir le contact du sol. La seule précaution à prendre est de se méfier des chardons piquants, des cailloux traitres et de ne pas écraser les jolis, odorants et rares oeillets sauvages mauves… J’avais donc les yeux rivés sur mes orteils quand, cheminant dans un passage moins herbeux, j’aperçus un… petit carré bleu à moitié enfoncé dans le sable !

J’ai été à la fois interloquée et enchantée de cette apparente coïncidence. Mais je crois plutôt que sans doute, je n’aurais pas vu ce petit carré bleu si, dans ma mémoire, je ne l’avais pas ressucité. Les psychologues appellent cela la synchronicité qui selon Jung est  » une coïncidence temporelle de deux ou plusieurs événements sans lien causal entre eux et possédant un sens identique ou analogue… ».

Pour moi, c’est comme si mon enfance me faisait un clin d’oeil et me prouvait qu’elle était toujours avec moi !

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