La vie et rien d'autre

Tome 2


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Ma madeleine à moi

Les vacances approchent, les vacances arrivent, les vacances s’annoncent… Quelques semaines de travail, quelques longs week-ends, bientôt plus de leçons et devoirs à faire réviser… Les vacances approchent, vous dis-je !

Récemment, quand les premiers beaux jours ont vu émerger des chandails, les peaux un peu palottes de l’hiver, j’ai senti sur une femme que je croisai dans la rue, l’odeur à la noix de coco de l’ambre solaire. Cette senteur me donne un billet direct pour mes souvenirs d’enfance et d’adolescence noirmoutrins, à la façon de Pérec…

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Je me souviens des anguilles que mon grand-père allait pêcher dans les marais salants, qu’il égorgeait et « déshabillait » comme on enlève une chaussette et qui continuaient à se tortiller. Je me souviens de Papi, muni de sa torche électrique, engoncé dans son ciré, et chaussé de ses bottes kaki, partant à l’aube ramasser les escargots après une nuit de pluie, et de l’odeur de la persillade qui suivait quelques jours plus tard.

Je me souviens de la piscine dans la dune, avec ses hauts murs blancs, sa pataugeoire et son grand bain. Je me souviens, qu’après sa démolition, on a trouvé pendant longtemps dans le sable ses petits carreaux de faïence bleu.

Je me souviens de mes cours de planche à voile… la-bo-rieux !

Je me souviens de l’odeur de l’huile dont Mamie nous enduisait Delphine et moi : noix de coco !

Je me souviens d’avoir appris à nager la brasse dans un piscine bâchée posée sur la plage et d’en avoir fait des longueurs, avant, consécration ultime, être lâchée dans le grand bain… la grande bleue…

Je me souviens de Marco avec sa camionnette, sa musique carillonnante qui nous annonçait la fin de l’après-midi et les délices de la glace à l’italienne… Je me souviens qu’on n’a pas besoin de se souvenir de lui parce qu’il passe toujours.

 Je me souviens du groupe d’amis de mon âge, avec qui j’ai grandi. Nous sommes maintenant tous peu ou prou parents et.. quadras !

Je me souviens des balades et des feux sur la plage, quand les flammes attiraient toutes les puces de mer qui nous piquaient les fesses.

Je me souviens des pots pris à la Volière, le bar de l’hôtel du village d’à côté, décati et un brin ringard.

Je me souviens de nos après-midi passés sur la plage à bavarder entre amis.

Je me souviens des marchands de glace qui passaient sur la plage avec leur glacière en bandoulière, et de ma cousine qui avait inventé son propre slogan : « Gervais, c’est frais ! Miko, c’est chaud ! ».

Je me souviens du plaisir d’avoir chaud et d’être bronzée, du sable et des algues dans les maillots de bain, de nos serviettes qui s’envolaient au moindre coup de vent.

Je me souviens des longues nages, des chahuts dans l’eau, des rouleaux écumeux…

Je me souviens de mes parties de tennis avec Delphine ma cousine, ou Claire, une très bonne amie. Je me souviens des tournois de tennis qui ont été organisés pendant de nombreuses années, et qui nous réunissaient autour de nos amis participants. Et je me souviens d’un été où je n’étais pas venue à Noirmoutier (J’étais au Texas, merci Papa et Maman…) et où de retour de boîte de nuit, un de nos amis est mort dans un accident de voiture.

Je me souviens que nous allions dans une boîte, qui existe toujours mais dont je ne me rappelle pas le nom et qui avait une piscine à l’extérieur.

 Je me souviens du soir où j’ai bu mon premier whisky-coca et où Damien et Etienne ont dû me ramener à la maison, me portant chacun d’un côté. Mamie était toute chamboulée (la première ébriété de sa petite fille !) et Papi pas peu fier de voir que je me dévergondais enfin, et tout en tenant un tout autre discours devant Mamie, évidemment !

Je me souviens du premier garçon que j’ai embrassé (Il faut bien commencer…) et du deuxième ; je me souviens que le premier était le frère jumeau du second…

Je me souviens de notre escapade tous ensemble, escortés des parents de Claire, pour visiter l’Ile d’Yeu.

Je me souviens du jour où j’ai joué au tiercé avec mon grand-père et du restaurant où je suis allée dîner en compagnie de trois de mes amis auxquels j’avais promis de partager mes gains si je gagnais. Je me souviens d’avoir gagné dans le désordre une somme rondelette ! Depuis j’attends que Papi,de là où il est, me souffle la bonne combinaison…

Je me souviens, tous les jours, d’être reconnaissante à Noirmoutier et à mes grands-parents d’avoir eu des vacances dorlotées, ordinaires, au bord de la mer.

Et vous quelle est votre madeleine de Proust ?

 

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Demain, je jette l’encre

Demain, je vais sur MON île, celle qui m’a connu toute petite, qui m’a vu grandir et qui reçoit maintenant mes enfants.

Ce territoire est, après Tours et Nantes, les villes qui m’ont vu naître.

Demain, je serai à Noirmoutier, elle est bien attachée au continent, mais ne vous y trompez pas, quand j’y suis, je jette l’ancre, et vous aurez beau me faire signe, je serai ailleurs entre vents et marais, entre plages et dunes.

Entre deux marées, nous tenterons l’abordage par le Gois.

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J’humerai l’oeillet sauvage mauve sans le cueillir, il est trop rare, et je guetterai un petit carré supplémentaire.

J’achèterai les huîtres de l’étier et l’ostrécultrice nous racontera avec fierté son travail et ses difficultés.

J’irai faire le tour du village mille fois fait, mille fois reconnu et je découvrirai encore le bois de pins, la girouette qui perd la tête, la descente à bateaux.

Je marcherai sur la plage contre le vent, quand on ouvre la bouche pour mieux respirer et qu’on lutte pour avancer. Je mettrai mon ciré à sécher, à dégoutter.

A la plage des Dames, toutes les cabines de plage auront-elles été restaurées ?

Je parcourrai la balade du bois de la Chaize et les maisons qui me parlent, et dont je vous parlerai, se mettront en rang pour me saluer. Elle me raconteront à l’oreille leur histoire vraie et inventée.

J’irai sur l’estacade vérifier que les pêcheurs au filet n’ont pas perdu leur temps et mangeront des éperlans bien mérités.

Entre deux grains ou deux bains, je secouerai le sable de mes maillots.

Sur le marché, je ferai le plein de fleur de sel des marais, qui croyez-moi, sinon tant pis pour vous, est bien meilleure que celle de Guérande.

Dans le vieux Noirmoutier ou le vieux Vieil, dans les rues étroites pavées, j’épierai les petits jardins cachés.

Nous prendrons la route des Marais pour admirer, sans oublier de tourner le volant, aigrettes, avocettes et huîtriers.

Je me ruinerai pour les soles et les bonottes de Noirmoutier, enfin nées de la mer et de la terre.

Et quand il faudra rentrer, j’aurai les cheveux emmêlés, dans les oreilles la chanson des vagues et des mouettes et dans les poches du sable faufilé.

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