La vie et rien d'autre

Tome 2


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Provence 1 : l’eau

D’abord se délasser, se rafraîchir, oublier le poids du corps et les maux de l’âme, à moins que ce ne soit l’inverse…, être en légèreté, en apesanteur et ne plus s’apesantir

Sans pourtant oublier que l’eau est rare ailleurs – et de constater que l’été ici de nombreuses rivières sont asséchées – ou qu’elle se déverse avec furie sur certaines régions. Alors, en rivière, en lac, en piscine, nous avons commencé par cela, nous donner l’absolution de journées difficiles ou ingrates.

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Vallées du Jabron, de la Méouge et lac d’Esparron. Crédit : la plupart des photos sont de M. Today.

La rivière est filante, remuante, ludique, vivifiante ; le corps y bouillonne en toute fraîcheur ou tente l’équilibre sur les galets ; parfois une cuvette s’offre et on peut nager et découvrir les bords.

La Durance, quant à elle, est triste, réduite à un faible filet d’eau tandis que ses flots ont été détournés dans le canal d’à côté… Que voulez-vous, je suis une fillle de la Loire, pour qui les fleuves sont indomptables, majestueux, impétueux et doivent refléter le ciel, la pierre, la terre.

Le lac est un miroir, flegmatique, apaisant, animé d’embarcations à voile, à rames, à pédales ; les rives sont loin et se méritent…

La piscine est un luxe inouï : ensommeillés du lit, fourbus de randonnées ou de visites, écrasés de chaleur, alourdis de quelques agapes estivales, elle nous attend entre maison et paysage, au pas de notre porte, et autorise répits et facéties.

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Un petit carré de piscine

J’ai passé de réguliers mois de juillet, depuis mon plus jeune âge, dans la maison de mes grands-parents sur l’Ile de Noirmoutier.

En face de notre maison blanche aux volets bleus, il y a eu longtemps une piscine aux hauts murs blancs. On y entrait en passant dans une pataugeoire avant d’accèder au grand bain. L’intérieur de la piscine était recouvert de petits carrés de céramique de couleur bleue claire légèrement irisée.

Cette piscine était réservée aux habitants du village qui étaient tous la plupart des estivants; encore aujourd’hui peu de personnes s’y sont installées à demeure. Puis la piscine fut détruite, sans doute faute de fréquentation : la grande plage de sable est à 500 mètres de là derrière les dunes…

Longtemps on a trouvé dans le sable à proximité de son ancien emplacement des petits carrés bleus…, puis le temps a passé.

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Il y a une dizaine d’année quand je vivais à Paris, j’ai participé à des ateliers d’écriture Elisabeth Bing et j’ai relaté ce souvenir. Quelques semaine après l’écriture de ce texte un brin nostalgique, ma famille et moi sommes allées en vacances dans notre maison de Noirmoutier. L’été, j’ai souvent plaisir à me rendre à la plage pieds nus. Quelle délectation après plusieurs saisons les pieds enfermés dans des chaussures plus ou moins confortables de sentir le contact du sol. La seule précaution à prendre est de se méfier des chardons piquants, des cailloux traitres et de ne pas écraser les jolis, odorants et rares oeillets sauvages mauves… J’avais donc les yeux rivés sur mes orteils quand, cheminant dans un passage moins herbeux, j’aperçus un… petit carré bleu à moitié enfoncé dans le sable !

J’ai été à la fois interloquée et enchantée de cette apparente coïncidence. Mais je crois plutôt que sans doute, je n’aurais pas vu ce petit carré bleu si, dans ma mémoire, je ne l’avais pas ressucité. Les psychologues appellent cela la synchronicité qui selon Jung est  » une coïncidence temporelle de deux ou plusieurs événements sans lien causal entre eux et possédant un sens identique ou analogue… ».

Pour moi, c’est comme si mon enfance me faisait un clin d’oeil et me prouvait qu’elle était toujours avec moi !

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