La vie et rien d'autre

Tome 2


11 Commentaires

Choukran

Des peuples ont encore assez de vitalité pour se soulever quand ils ne veulent plus endurer l’injustice, la corruption, la pauvreté. Et puisque, en allumant ma radio le matin, j’entends parler de l’Egypte qui m’est devenu un pays beaucoup moins mythique et beaucoup plus cher depuis que je l’ai visité. 

 

egypte

 

C’est ainsi que je me souviens de nos guides successifs qui nous ont fait l’honneur et les honneurs de leur pays. Et, pays, paraît un petit mot très ridicule, pour une si grande terre. Et je me souviens aussi de toutes ses personnes croisées, habitantes de la même terre que nous.

Je me rappelle Allah, mélange de fierté et d’amertume à vivre dans un pays où tout est grandiose, des pyramides en passant par les trésors des pharaons, le désert, les temples, les mosquées jusqu’au Nil souverain, pendant que les naissances nombreuses et le manque d’emplois menacent de faire imploser le pays.

Je me souviens d’Ali, fier, et à juste titre, de nous faire visiter, en compagnie de son petit garçon Mohamed, sa mosquée, décrépite, en attente de subsides.

Et ce patron d’un hôtel à Assouan qui nous fit cadeau de sa suite, et nous offrit un thé à la menthe dès notre arrivée comme si nous étions des invités de marque.

Ou ce restaurateur toujours à Assouan, qui refusa de manière tout à fait énigmatique, de nous révéler son histoire bretonne, alors qu’il venait de nous servir du beurre salé.

Je me souviens aussi de cette femme égyptienne jambes et bras couverts se baignant dans le Mer Rouge. Et cette autre femme, qui nous fit visiter le musée du Caire, dont les enfants étaient scolarisés dans une école française car parler notre langue en Egypte, c’est pouvoir travailler plus tard dans le tourisme et se mettre à l’abri de la pauvreté. Ali, notre guide de Louxor nous l’avait expliqué. Ou encore ces autres femmes vêtues de noir, car mariées, lavant leur linge sur les bords du Nil.

Et je revois encore les enfants, tous les enfants, ceux débrouillards et baratineurs de Kom Ombo, ou ceux un peu plus au nord qui comme tous les enfants du monde se sont disputés des bonbons, ou ceux-là encore qui se baignaient dans le Nil et saluaient notre passage d’appels retentissants.

Entendez-vous comme moi la mélopée de l’imam appellant à la prière, les joueurs de oud, de rababa et de tambourin nous jouant joyeux anniversaire, le bruit que font les fumeurs de chicha quand l’eau fait des bulles et les sons si étranges à nos oreilles de cette langue égyptienne : es-salam aleikoum, choukran, maa salam…

Je ressens encore mon saisissement d’occidentale laïcisée devant la prière des hommes en djellabah sur les trottoirs du Caïre, la promiscuité, la saleté, la vétusté et l’unité aussi, étrangement.

 

Nation à la frontière de la modernité, du désir d’avancer, de ne pas être en reste, de regagner ses anciens titres de civilisation, et retenue un peu, par la peur de se perdre et de laisser son identité par trop de compromissions. Mes pensées minuscules vont aux cairotes et je souhaite aux Egyptiens, l’avenir retrouvé.

 

Creative Commons License

 

Publicités