La vie et rien d'autre

Tome 2


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Grâce et beauté

J’ai récemment assisté à un ballet à l’Opéra Bastille. Je n’avais vu jusqu’ici que quelques  » spectacles dansés  » dont un Casse-Noisette adapté pour les enfants. C’est le seul dont je me souvienne à peu près. Mes connaissances sur la danse s’arrêtent au tutu et aux ballerines, et à toutes les choses que j’apprends grâce à une amie dont la fille, au collège, fait une filière danse-études. J’ai quelques rares noms et mots en tête cependant : Noureev, Carolyn Carlson, ballets russes, Opéra Garnier, petits rats, pointes, entrechats…

Je voulais pour un premier ballet quelque chose de classique, mais pas trop, enfin pour ce que j’en connaissais évidemment. Parce que cela correspondait à mes dates de séjour à Paris, j’ai opté pour La Bayadère, sans doute rassurée dans mon choix par le fait qu’il s’agissait d’une mise en scène de Noureev. Quand on n’y connait rien, n’est-ce pas, on se raccroche aux noms illustres.

C’est un plaisir de constater que quelques personnes encore s’endimanchent pour aller au spectacle : quelques robes habillées et bijoux discrets, maquillage et escarpins, cravates et costumes pour les messieurs. Tous les âges aussi sauf des très jeunes, et toutes les nationalités mais beaucoup de japonais. Une ouvreuse qui le parle très bien d’ailleurs, me guide jusqu’à ma place. Comme je ne sais plus toujours ce qui se fait et ce qui ne se fait plus, je lui demande si un pourboire est de mise. Mais non.

Assise confortablement au 5ème rang légèrement sur la gauche, je goûte l’ampleur moderne et élégante de la salle. Je constate avec ravissement et satisfaction qu’il y a un vrai orchestre dans la fosse qui est en train de faire grincer ses cordes en guise d’échauffement. J’en profite pour regarder la brochure du programme que m’a remise mon ouvreuse. J’avais oublié que la mise en scène était de Noureev, je me demande un moment s’il est mort ou vivant. Que Dieu me pardonne… Puis je lis qu’Aurélie Dupont est un des rôles principaux, et que je vais assister à une histoire d’amour (forcément un peu compliquée) orientale. Je lis aussi qu’il y a un maître de ballet, un livret et que nous verrons des élèves de l’Opéra national de Paris.

La brève introduction musicale vous met dans un état de béatitude et de réceptivité, un amuse-bouche en quelque sorte. Puis le rideau s’ouvre. La danse n’est pas seulement sérieuse et grave, elle peut aussi être malicieuse et enjouée : c’est ce que je découvre. Moments intimistes où les corps s’enlacent classiquement et scènes de fête de fiançailles où les danseurs surenréchissent dans la prouesse et l’amusement. Costumes chamarrés, décors superbes. De ci, de là, on voit quelques très extraordinairement jeunes danseuses et danseurs montraient leur talent acquis. Et les plus experimentés se prêtaient à des démonstrations époustouflantes. Tout paraît simple et ailé.

 

 

Des corps, c’est bien de l’art qui émerge. Celui qui parfaitement maîtrisé permet de se défaire des règles pour ne laisser que l’expression affleurer. De celui qui une fois dépassé vous permet de vous échapper des codes.

La danse des hommes est précise et plastique, celle des femmes aérienne et maîtrisée. On entend parfois le tapotement de leurs pointes sur le plateau. Quand elles s’élancent, on retient son souffle jusqu’à ce qu’elles touchent terre. Pirouettes fouettées, grands jetés, arabesques, tours en l’air… Je sais tout maintenant de ce qui se passe, juste au-dessus des planches. Dans un univers onirique, qui s’accentue avec le dernier tableau où le pays des ombres, fait de tutus blancs classiques et de pénombre, renoue avec le très grand classicisme. Aurélie Dupont est renversante de simplicité et de naturelle, sous lesquelles ni effort ni technique ne perce.

 

 

Au moment des salutations, la directrice de la danse nomme Ludmila Pagliero, danseuse étoile. La belle l’apprend en même temps que nous, et son bonheur est émouvant. Je crois même que quelques dames écrasent discrètement des larmes d’émotion dans leur mouchoir.

Trois actes de 45 minutes et deux entractes plus tard, je ressors ébahie et béate. Pour un peu je décollerai et  je ferai bien un ou deux entrechats, là sur le quai du métro.    

 

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