La vie et rien d'autre

Tome 2


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La lettre de château

Vous aviez bien ri quand je vous avais écrit que je pratiquais les plans de table : foin des placements hasardeux ! Certaines m’ont appris à cette occasion qu’elles suivaient aussi ces préceptes; de fait, je me suis sentie soudain beaucoup plus normale…

Peut-être alors, aurez-vous été incité dans votre jeunesse, comme moi, à écrire des lettres de château… ?

Celles-ci s’envoient après un séjour, ne serait-ce que d’une nuit, passé chez des amis ou des parents, habitant ou non dans un château, d’ailleurs !
Adressée à la maîtresse de maison de trois jours à trois semaines après la fin du séjour, cette lettre a pour objectif de remercier de la qualité de l’accueil, de vanter l’ambiance de la maison, la beauté de la propriété et des lieux, les talents de cuisinière de votre hôtesse,  l’esprit éventuel de certaines conversations, et une ou deux histoires piquantes…

Au XIXème siècle dernier, cela pouvait donner cela :

Chère Tante,

Permettez-moi de vous remercier encore mille fois de l’empressement et de la bienveillance de votre hospitalité. Venir passer quelques jours chez vous est pour moi plus que des vacances; c’est une véritable détente, particulièrement après l’année occupée que nous connaissons tous. Je n’en apprécie que plus l’accueil que vous-même et mon oncle me réservez, comme à chaque fois que, que j’ai le privilège de séjourner à Beaumanoir.
Dois-je vous redire à quel point la possibilité de profiter librement des rafraîchissements de votre parc ombragé, des plaisirs de la promenade dans cette si douce campagne tourangelle, des tendres taquineries de mon oncle et de mes plats préférés concoctés comme par hasard, par votre cuisinière, ont rejoint mes souhaits les plus chers ?

Recevez , chère tante, l’expression de mes sentiments affectueux.

Vous apprécierez l’emploi raffiné du point-virgule…

Ou celle, aujourd’hui, que j’aurais dû écrire à mon amie Marion :

Chère Marion,

Je tiens à te remercier, à nouveau, de ton accueil toujours si prévenant et bienveillant. Découvrir ta grange de montagne a été pour moi plus qu’une aventure; ce fut un enchantement, particulièrement alors que nous étions tous réunis dans l’attente du passage à une nouvelle année. Je n’en ai apprécié que plus, le confort douillet de ta maison pyrénéenne, qui n’a rien à envier à ta maison de  Pau.

Quitte à me répéter, je te redis à quel point les conversations débridées entre amis, les apéritifs autour de vins multiples et excellents, les repas pris autour de mets remarquables et les parties de jeux de société, ont été au-delà de tous mes voeux.

Je garderai un souvenir ému de ma séance de farcissage et de couture du chapon, de ma dégustation assidue des niniches, des plaisanteries échangées au goût plus ou moins sûr, des randonnées escarpées que je n’ai pas faites, de la vue imprenable sur les sommets enneigés et du merveilleux spectacle immaculé du 2 janvier à notre réveil.

Je t’embrasse.

Et soudain, j’ai un peu honte du peu de formes et d’application que je peux mettre à remercier. Car il ne s’agit que de cela, dire merci en des termes sincères et complimenteurs, et surtout en prenant son temps ! Autant dire qu’un texto n’y suffirait pas, quant au courriel… Ah ! Vaste débat.

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