La vie et rien d'autre

Tome 2


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Jardin de curé

Il y a quelques semaines, je me promenais en Charente-Maritime dans le parc d’un château, quand j’ai senti l’odeur forte et un peu acide du buis et c’est, comme à chaque fois, l’image d’un jardin de curé qui m’est venu à l’esprit. Et par la même, une vision de soutane, d’eau bénite, de bénitier en pierre, de prie-dieu, de Vierge à l’enfant et des senteurs de missel, de cierge et d’encens.

Et peut-être avez-vous eu, comme moi, une aïeule qui enlaçait le buis consacré sur les crucifix accrochés au-dessus des lits jusqu’aux Rameaux de l’année suivante ?

Et comme une rengaine me vint aussi la phrase mystèrieuse du Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux :  » Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat. « 

L’église n’est pas loin normalement du jardin et le cimetière primitif non plus, à moins que le jardin ne soit attenant au presbytère. Souvent il est petit, clos de murs en pierre.

Le jardin de curé se doit d’être, paraît-il, un mini jardin à la Française arrangé rationnellement, ce qui ne me plaît guère : mon tempérament contemplatif se plie difficilement à la géométrie et à sa soeur, la symétrie… Et le même jardin obéit au chiffre magique 7 car il doit :

1er commandement : prendre soin de l’estomac du curé et de sa bonne en y abritant un potager et des arbres fruitiers,
2ème commandement : orner l’église et l’autel en y cultivant des fleurs,
3ème commandement : soigner les corps en y recelant des simples,
4ème commandement : remplir le Saint Calice d’un bon vin en y accueillant une vigne,
5ème commandement : arroser le tout et abreuver les piafs du Bon Dieu en ayant de l’eau pour alimenter le bassin à moineaux,
6ème commandement : garantir l’Eternité aux fidèles en dépossédant les haies de buis (ou de laurier parfois) de quelques Rameaux pour mieux les asperger d’eau bénite (en Provence, c’est de l’olivier),
7ème commandement : et enfin, abriter une statue de la Sainte Vierge pour faciliter les prières du curé ou la lecture de son bréviaire.

 » Le jardin, d’environ un arpent et clos de murs, était un jardin de curé, c’est-à-dire plein d’espaliers, d’arbres à fruits, de treilles, aux allées sablées et bordées de quenouilles, à carrés de légumes fumés avec le fumier provenant de l’écurie.  »
Balzac, Paysans, 1844. 
Ségolène, merci de m’avoir donné envie de reprendre un peu de café… et plus deP’tites misères, j’espère.

Jardin du Prieuré de La Ferté Loupière, Yonne

Non, on ne s’y ennuie pas, car le potager et le jardin d’agrément mêlés, légumes et plantes vivaces et annuelles mélangés au sein des bordures… de buis souvent, contribuent au charme de l’endroit ! Dans ce jardin, pas si grand, conçu en carrés, les plantes ont vite débordé les haies et le jardinier laisse la nature y prendre sa légitime place, ce qui en fait un lieu paisible, foisonnant et bigarré, comme l’Eden qui enchante l’oeil. Tout est organisé mais sans en avoir l’air ; tout y porte à la méditation, mais pas à la distraction comme un vrai cadeau du Ciel !

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Le temps de rien

Les vacances enfin ! Neuf longues journées devant moi pour :

  • ne rien faire,

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  • faire mon courrier, celui du temps jadis avec timbres et enveloppes et celui plus immédiat en cliquant sur Envoyer,

  • dévorer George Eliot et Anthony Troloppe et en faire profiter mes bloggueuses visiteuses,

  • broder ces étagères de livres de littérature anglaise et américaine,

  • trier, jeter, ranger de la cave au grenier, mais seulement ces deux extrêmités,

  • faire la toilette de printemps de mon jardin,

  • muser au soleil,

  • échanger dans les armoires et la commode vêtements d’hiver contre vêtements d’été,

  • rêver aux futurs voyages,

  • continuer à dérouler le fil,

  • décider d’une ou deux sorties en famille,

  • et inviter des amis un peu délaissés à dîner,

  • biffer sur ma liste les petits achats à faire…

  • … après m’être adonnée à ma séance de shopping-ciné liberté,

  • guetter l’éclosion des pivoines en effeuillant les marguerites,

  • faire essayer aux garçons leurs vêtements de l’été dernier, rire ensemble du spectacle et… racheter !

  • et ne pas oublier de ne rien faire !

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Pom, pom, pom, pom…

C’est l’histoire d’un pommier que j’ai envie de vous raconter… Pas n’importe lequel, celui de notre jardin.

Notre maison est agrémenté d’un jardin de 400 m2 environ ce qui n’est pas si mal pour un jardin de ville. Comme j’ai l’habitude de le dire : pas assez grand pour nous donner trop de mal, surtout à mon mari, mais pas assez petit pour que les garçons s’y ennuient. Une bonne taille en fait.

Notre maison n’est pas si ancienne, mais le jardin était déjà bien planté : lilas, camélias, orangers du Mexique, cognassier du Japon, glycine, pivoine arbustive, mimosa, forsythia, seringat, iris, perce-neige, rosier… L’ancien propriétaire était un connaisseur et un amoureux, il y en a à peu près pour tous les mois de l’année. Et puis le long des murs ou de l’allée, en espaliers : des cognassiers, des poiriers, des abricotiers, des cerisiers, une vigne, un pêcher de vigne. depuis, nous avons ajouté un groseiller et un framboisier, et fait un petit potager où, l’été, poussent principalement fraises et tomates. Bref, nous ne sommes pas loin du paradis…

Et dans ce paradis, un vieux pommier planté au milieu de la pelouse. Ces branches descendent si bas qu’il faut se pencher pour passer dessous et il donne des Reines des Reinettes, douces, sucrées, parfumées comme seuls peuvent l’être des fruits cueillis sur l’arbre, encore tièdes de soleil.

Un été, nous avons remarqué que les branches d’un côté du pommier étaient vraisemblablement mortes : n’y poussaient plus ni feuilles, ni fruits. Nous avons fait par hasard connaissance d’un monsieur, jardinier municipal,  qui nous a confirmé que le tronc avait été  » flashé  » par un coup de froid, puis plus tard un horticulteur nous a diagnostiqué un champignon dans la terre. En fait, le diagnostic est partagé, dirons-nous…

Quand on nous a annoncé qu’il allait mourir, j’ai vu mon mari changer de visage et je n’en menais pas large non plus. Je ne pensais pas qu’on puisse s’attacher à un végétal !

A moins que ce ne fut ce qu’il représentait : les apéros à l’ombre de ses branches avec les amis et la famille, de temps en temps une pomme tombait dans un verre ou sur une tête, la balancelle en madras que nous y avions accrochée, cadeau de ma Maman, sur laquelle se sont bercés et ont tournoyé de nombreux enfants,  les siestes et les lectures sous ses branches feuillues, l’observation des mésanges, des piafs et du rouge-gorge qui venaient faire une orgie dans la cabane à graines…

Nous avons mis de temps à faire notre deuil de cet ami, qui a vu grandir nos enfants et ceux de la famille qui a occupé la maison avant nous. Nous avons mis du temps à nous décider à l’abattre. Un jour, un ami, Gérard est venu avec sa tronçonneuse et nous avons fait place nette pour un nouvel arbre.

Entre temps, nous avions fait la connaissance avec un vieux pépiniériste à qui nous avions acheté un cerisier et des pruniers et qui nous avaient parlé avec amour et compétence de la terre, du climat, des vents, de l’exposition, des variétés anciennes ; c’est chez lui que nous avons acheté notre nouveau pommier Drap d’or. Il a déjà 10 ans. Fera-t-il des pommes cet été ? 

Planter un arbre, c’est plus qu »un symbole. C’est vraiment un geste qui vous met les pieds sur terre, qui vous ancre dans la réalité et dans le temps qui passe et qui vous rend redevable à la nature des cadeaux qu’elle vous faits. 

 

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