La vie et rien d'autre

Tome 2


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Un château de rêve

Longtemps, je n’ai pas aimé Le Grand Meaulnes. Lu peut-être à la demande de mon professeur ou parce que ma maman me l’avait conseillé… Longtemps cette histoire m’a paru incompréhensible, étrange, onirique et angoissante. Je crois que la longue attente d’Augustin pour retrouver Yvonne de Galais m’avait ému.

Je n’ai jamais vu l’adaptation de 1967 avec Brigitte Fossey et Jean Blaise, mais celle récente avec Clémence Poésy et Nicolas Duvauchelle.

Puis j’ai relu le roman, les documentalistes aiment remonter à la source ! L’histoire a toujours ce léger voile d’étrangeté mais moins onirique que dans mon souvenir d’enfance. Peut-être Alain-Fournier était-il mélancolique voire pessimiste, en ces temps de guerre alors qu’un siècle nouveau porteur d’espoir commençait. Peut-être était-il conscient de la fragilité des choses ? Peut-être est-ce pour cela que sa quête d’Yvonne de Galais fut si ardente ? Peut-être pressentait-il sa mort précoce ? Après tout, il serait aisé, à la lumière de la vie d’Alain-Fournier, dont ce sera l’unique roman et qui mourra à la guerre, de voir Le grand Meaulnes comme son testament.

Pourtant dans les manuels, ce n’est pas la recherche d’Yvonne qui est souvent l’objet de commentaire de texte, mais plutôt la fête étrange. Plus qu’une fête, plus que des noces, c’est une féérie, costumée et irréelle que M. de Galais a mis en scène dans son château décrépi pour le mariage de son fils.

Cette oeuvre relue je l’avais encore en tête, quand par le hasard d’un week-end en amoureux, sur le chemin du retour nous avons visité le château de La Verrerie. J’avais lu dans notre guide qu’il avait, entre autres, inspiré le domaine des Sablonnières dans Le Grand Meaulnes. Je n’avais en tête aucune image précise et soudain en tournant le bout du bois, tout comme François, on sait que c’est lui…  » Je ne l’écoutais plus, persuadé dès le début qu’il avait deviné juste et que devant moi, loin de Meaulnes, loin de tout espoir, venait de s’ouvrir, net et facile comme une route familière, le chemin du Domaine sans nom. »pommier_257

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Dans ce vieux domaine perdu, il y a une élégante chapelle à la haute flèche effilée, à qui appartient une jolie histoire. Les murs de celle-ci furent recouverts d’un enduit, pour une raison qui s’est perdue dans l’histoire de la demeure.

Un jour de messe, une petite fille, Marguerite, fille cadette de Louise, Marquise de Vogüé, un de ses neuf enfants, s’y morfond. C’est long les sermons parfois. Assise en bout de banc, machinalement et pour tromper l’ennui, elle gratte dimanche après dimanche le plâtre qui s’effrite sur le mur. Peut-être sa maman ou sa grand-mère la surprennent-elles un jour et se fait-elle réprimander ? Il n’empêche que ses petits doigts ont mis à nu des couleurs, puis des formes qui se révéleront être de superbes fresques présentes sur tous les murs de la chapelle : ciel semé d’étoiles, galerie de portraits de famille, apôtres, martyrs et évangélistes, fleurs de lys de France et chardons d’Ecosse mêlés.

Il me plaît de croire que peut-être on les avait cachées sous cet enduit pour les protéger des révolutionnaires du temps de la Terreur où il était de mauvais ton de faire acte de religion et de noblesse, peut-être…

Les petites filles qui s’ennuient et qui font des bêtises n’existent pas que chez la Comtesse, et on les remercie ! 

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