La vie et rien d'autre

Tome 2


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Bec sucré

J’aime les desserts traditionnels. J’aime qu’on appelle une pièce montée un croque-en-bouche. J’aime décapitée une religieuse au café. J’aime la simplicité de l’éclair.

Mais j’aime rarement les tartes autres que maison tout comme le pain d’épices. Mon mari fait les tartes aux pommes avec amour. Et mon fils cadet est heureux quand il a beaucoup de chocolat à se mettre sous la dent. Moi, je suis la reine de la tarte au citron, d’après mon fils aîné.

Depuis que je suis en Bretagne, ou à ses portes tout au moins, j’ai appris à faire le far, et la recette n’est pas la même selon que vous voulez une consistance crémeuse ou pas, sur le dessus. Et plus près de la côte, j’ai fait connaissance avec le Baulois au secret bien gardé, et qui approche le nirvana avec sa crème anglaise…

Quand je suis paresseuse et que j’ai besoin d’être réchauffée et réconfortée, je laisse à monsieur P—–d le soin de me gâter en faisant cuire un fondant au coeur de caramel ou de chocolat !

J’aime l’élégance et la saveur douce des biscuits roses de Reims, et celle des madeleines de Commercy.

Le cake est à mon goût s’il speaks english, et il faudrait que je prenne le temps de mieux connaître le pudding.

Je n’enlève JA-MAIS les noyaux de mes clafoutis aux cerises… Plutôt perdre une dent ! Mais j’ai découvert le clafoutis aux framboises, et la framboise tiède, mon Dieu, se défend bien !

Et puis j’ai eu des amours de vacances : le Creusois tout noiseté, le Pastéis de nata, le Panettone, le kouign aman super-beurré (Le meilleur est à Locronan).

J’aime la galette des rois quand elle est faite avec une AUTHENTIQUE frangipane qui fleure VRAIMENT l’amande, et pas une espèce de succédané de crème sans goût.

A la même saison, j’aime les beignets de Carnaval qu’ici nous appelons bottereaux mais qui ont aussi pour nom merveilles ou bugnes selon leur région de fabrication.

Et dans la saison juste avant, il y aura eu le pâté aux prunes, comme un pie avec le trou au milieu pour les laisser respirer et le jus des fruits bien parfumé.

J’aime les cannelés de Bordeaux, moelleux à l’intérieur, caramélisé et croquant à l’extérieur. A se damner.

J’aime les macarons de quelques patissiers, mais peu savent les faire pour qu’ils soient une bouchée de parfum unique et non pas une portion de sucre écoeurante.

J’aime le chou avec la petite plaque de caramel dur au-dessus et celui avec son glaçage vert pomme ou rose layette, et sa crème patissière toute simple.

J’aime me dire que le quatre-quart, c’est peser trois oeufs et leur ajouter l’équivalent en beurre, sucre et farine. Simplissime recette, simplissime goût qu’accompagne si bien la crème Montblanc au chocolat…

M. Today a longtemps cherché et cherche encore un mille-feuille comme dans son souvenir… Et pour lui faire plaisir, on peut allier poire et chocolat : fin gourmet il est…

Ma maman se délectait du baba au rhum, que je n’aime pas : mouillé et trop alcoolisé pour moi !

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Comme je ne suis pas une très grande fan du praliné, j’aime peu le Paris-Brest, mais son cousin, le Saint-Honoré est mon dessert préféré.

Et très bientôt, si le patissier est bon et sa crème au beurre légère (si, si c’est possible), c’est la bûche de Noël  que nous savourerons !

Allez, avouez-moi votre péché gourmand…

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Le civet de Mamie

Le civet de ma grand-mère est, pour moi, le plat de mon enfance. Il m’a fait saliver quand j’étais petite et je n’imagine pas que quelqu’un d’autre sache le faire à part ma grand-mère et moi !

La sauce est brune, onctueuse, puissante ; le lapin est tendre et parfumé. C’est un plat qui est meilleur cuit la veille car le lapin apprécie d’être réchauffé : il y gagne en saveur et en fondant. Son meilleur accompagnement sont les pommes de terre vapeur, que l’on mange agrémentées de la sauce bien entendu.

C’est un plat où il est recommandé de lécher son assiette ou d’abuser du pain pour la saucer.

Quand ma grand-mère nous annonce qu’elle a fait  » son  » civet, mon estomac frémit ainsi que mes papilles gustatives tandis que mon nez hume l’air tandis que mon enfance revient au galop.

L’odeur du civet est assez forte car la fameuse sauce est faite de sang mêlé au vin rouge, et on choisit celui-ci de bonne qualité évidemment ! Vapeurs d’alcool, fumet de sang, parfum de lapin… tout se mélange intimement pour un plaisir des sens vraiment hors du commun.

J’achète mon lapin chez un petit producteur des halles de ma ville. Pour des raisons sanitaires, il ne peut pas venir de lui-même avec du sang ; je dois donc lui commander la bête et son sang une semaine à l’avance… L’attente n’en est que meilleure !

Fille de la ville, mais élevée un temps par ma grand-mère qui m’emmenait en week-end à la campagne chez mes arrières-grands-parents, je n’ai jamais eu d’états d’âme à manger les animaux que je voyais autour de moi. Mémère élevait des lapins dans des clapiers, et j’ai vu ma grand-mère armée d’un couteau bien effilé égorger le lapin, recueillir son sang puis le dépouiller en un tour de main. Je pense que c’est un bienfait de montrer à un enfant que la viande de son assiette n’y est pas tombée toute cuite. Le spectacle n’est pas si  » violent  » que cela, si les choses sont faites avec un minimum de souffrances pour l’animal et si on explique que c’est dans un but alimentaire. Pourtant, je me suis souvent extasiée devant ces lapins quand ils n’étaient encore que des lapereaux tout doux et duveteux…

 

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Nature morte au lapin, Jean-Baptiste Chardin, 1735

Je me souviens de vacances d’été où ma grand-mère avait emmené, dans le coffre de la voiture, un lapin vivant avec le projet de le faire passer à la cocotte pour le plus grand plaisir de ma cousine Delphine et moi. Il a séjourné quelques jours dans le garage de notre maison de bord de mer avant de… donner naissance à toute une portée, et d’échapper ainsi à un grand destin gastronomique !

 

 

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Les petits plats dans les grands

Les principes éducatifs ne sont pas toujours très faciles à tenir sur le long terme… L’expérience nous fait parfois voir les choses différemment de ce que l’on croyait, et c’est tant mieux parce que nous n’élevons pas des concepts, mais des êtres humains et ils ont leurs mots à dire dans ce que nous souhaitons leur imposer !

Il y a un principe que je suis contente d’avoir mis en place avec mes fils, c’est l’obligation de goûter à ce qu’il y a dans leur assiette. Je ne parle pas de les forcer à manger et à finir leur assiette, mais de les obliger à tester les nouveaux goûts. C’est ainsi que mon fils cadet aime maintenant les olives noires et mon fils aîné les huîtres, entre autres.

Ils sont devenus des fins gourmets et apprécient les plats cuisinés. Petits, mon mari et moi cuisinions moins par manque de temps, d’argent, de motivation, mais ces trois critères étant maintenant réunis, j’ai repris goût à cuisiner. Au début, surtout pour des amis et de la famille, mais maintenant même le soir pour nous quatre. Il arrive un moment où les sempiternelles pâtes au beurre n’ont plus de goût.

Au début, cuisiner me mettait dans des états de stress intense ! Mauvaise humeur, énervement : rater, déplaire, être jugée piètre cuisinière m’empêchaient de profiter pleinement du moment. En fait, je pense que je le vivais comme un défi, par rapport aux autres femmes de ma famille plutôt bonnes cuisinières. J’ai d’ailleurs commencé à cuisiner en ne faisant surtout pas leurs plats fétiches.

Aujourd’hui, c’est différent : je commence à m’accaparer les plats que j’ai pu aimer enfant. Sans doute, cela correspond-il aussi à une envie de me rapprocher de cette époque depuis la mort de Maman.

Maintenant, je prends beaucoup de plaisir à cuisiner. Parce que, d’une part, j’ai acquis plus d’expérience et d’autre part, je me suis exercée pour mon mari et mes enfants qui apprécient beaucoup mes expériences culinaires ! Non pas que je réussisse tout ou que tout nous plaise, mais c’est un réel plaisir assez intime en fait de cuisiner pour les gens qu’on aime.

D’ailleurs, flattés par plus de parfums, plus de variétés, plus de qualité, nous sommes plus aisément rassasiés et nous mangeons moins, même si nous restons très gourmands. Mon fils aîné fait maintenant de la pâtisserie seul; je lui tiens juste le livre de cuisine ouvert ! C’est un plaisir simple de lui expliquer la différence entre fouetter, mélanger, incorporer, battre….

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Aujourd’hui cuisiner me détend et me valorise : c’est une création, certes éphémère mais qui me comble réellement.

Récemment, j’ai vu le film Julie et Julia, ode très sympathique à la cuisine française traditionnelle où beaucoup de choses très fines y sont dites l’air de rien.

Et puis j’ai repensé au Festin de Babette, au Goût de la vie, Au petit Marguery, à Vatel, Une affaire de goût et d’autres que j’oublie sans doute et qui donnent envie de mettre les petits plats dans les grands !

 

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