La vie et rien d'autre

Tome 2


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Droguiste et poudres de Perlimpinpin

Hier, j’attendais mon bus du matin quand j’ai constaté que le droguiste de notre quartier avait définitivement fermé boutique.

blog 038

Un droguiste n’est pas un dealer avec pignon sur rue.

Un droguiste est celui qui vous aidera à enlever la tâche de fraise sur votre chemisier en soie préféré, qui vous trouve le produit miracle pour faire votre argenterie en comptant jusqu’à 10 ou qui grâce à une poudre de Perlinpinpin absorbera l’auréole d’eau sur votre commode Louis-Philippe, parce que le vase qu’on vous a offert à Noël, s’est révélé poreux. Pour lui, lessive Saint-Marc, terre de Sommières et bicarbonate de soude n’ont pas de secrets, et étaient ses meilleurs amis.

Le monsieur était charmant et n’était pas un marchand. Il vous recevait plutôt comme un pharmacien, vêtu d’ailleurs de sa blouse blanche. Mais il jouait plutôt avec vous au petit chimiste. Il fallait vouloir dépenser du temps dans son magasin qui sentait le détergent, car il vous faisait l’article, ou plutôt les articles. Cela commençait par l’exposé des faits, ou plutôt des méfaits : date de la tâche, origine de la tâche, support de la tâche. Puis le diagnostic posé, il cherchait le produit le plus adéquat et si plusieurs se présentaient, il vous aidait à choisir selon l’adéquation prix-efficacité-usage. C’était un artiste dans son genre.

Chez lui, j’ai laissé quelque argent parce qu’il m’a fallu acheter : une pâte à bois pour combler un trou dans un table en teck, un produit contre les tâches d’eau sur le bois, un produit (qui sent horriblement mauvais) contre les tâches sur le linge, 100% efficace, un cylindre dans lequel vous trempez 10 secondes vos couverts en argent et dont ils ressortent nickel, un produit contre des tâches d’huile sur une terrasse, un produit pour faire briller mon parquet, et j’en oublie sans doute. Grâce à lui, j’ai mis fin à la corvée de l’argenterie et mon armoire ne sent plus l’anti-mite, sans doute les deux trouvailles pour lesquelles je lui suis le plus reconnaissante.

Mon droguiste n’était ni un quincailler, ni un ferblantier. Vous savez de ces marchands qu’on trouve encore sur les marchés extérieurs et qui ont toujours des ustensiles de ménage, de cuisine ou de jardinage et qui semblent tous sortis de la tête d’un Géo Trouvetout ? Le fer-blanc est de l’acier recouvert d’une fine couche d’étain. Ma droguerie n’était pas pas comme certaines boutiques qui sont d’hallucinants capharnaüms : son organisation et la classification des produits tenaient plutôt d’une rigueur toute scientifique.

Dans le Berry, j’ai été quelques fois invitée dans la maison de campagne d’une de mes amies. Dans le village d’à-côté, il y avait une espèce de boutique. C’était un antre sombre et exigu : quand on y entrait, c’était opressant, poussiéreux et les étagères croulaient sous les produits et ustensiles de maison. Il y avait aussi de vieux camemberts et d’anciennes conserves qui attendaient preneurs, puisque le monsieur, d’un âge tout aussi vénérable que ses bocaux, faisait aussi épicerie. Un bric-à-brac insensé mais qui faisait forcément votre bonheur.

Aller le voir me donnait toujours envie de briquer ma maison et de faire les petites réparations anciennes, vous savez celles qu’on remet souvent…

Je suis désappointée, je me sens un peu orpheline. Outre les grandes enseignes, qui sont aux drogueries ce que la F**c est aux librairies, s’il faut en croire l’annuaire il n’y a plus qu’un droguiste dans ma grande ville. Je vais être réduite à commander mes produits mirifiques sur Internet, là où personne ne sera là pour me rassurer et apporter une solution à cette éraflure sur le cuir de mon sac à main tout neuf.

A la place de cette caverne d’Ali Baba, sera construit une supérette. Tout fiche le camp vous dis-je…

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