La vie et rien d'autre

Tome 2


4 Commentaires

Menabilly, Cornwall, England

Peut-être avez-vous déjà fantasmé comme moi sur des maisons ? Celles aux volets fermés ou à l’air délaissé ont ma préférence.

Les premières, pourvu qu’elles aient un style qui me séduise, emballent mon imagination : qui y vit ? Qui y a vécu ? Si, de surcroît, un arbre à l’air centenaire trône au milieu du jardin, je lui envierai toutes les histoires auxquelles il aura assisté, une véritable saga en comparaison de ma courte vie d’humaine.

Les secondes attisent ma pitié, et mon envie irrépréssible mais réprimée (!) de les prendre sous mon aile restauratrice, décoratrice, paysagère… Désir de leur redonner la vie, celle qu’elles ont abritée.

Parmi les maisons fondatrices de cette passion qui flirte entre architecture et généalogie, il y a les écrits de Daphné du Maurier à propos de Menabilly. C’est sans doute, une des plus belles histoires d’amour entre une personne et une maison, à l’instar de Sophie de Ségur avec Les Nouettes.

menabilly

Crédit : dumaurier.org

Je trouve que Menabilly est une maison plutôt massive dans un rectangle assez morne, à la pierre grise, sans attrait particulier. Mais les maisons sont, comme les hommes, elles ne se livrent pas forcément au premier regard ! Et c’est peut-être ce manque de beauté évidente qui fait que son mystère reste entier et qui a attiré Daphné du Maurier.

maurier_sm

Crédit : nndb.com

 » J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley « , les premiers mots de Rebecca font de Manderley-Menabilly le personnage du roman.
La maison est nichée au milieu d’arbres à l’abri des regards curieux, et on dit qu’on ne peut la voir de la mer que depuis un point secret. Et Menabilly trône en majesté dans les Cornouailles, région habitée par des landes, des naufrageurs, des criques, des forêts de rhododendrons…

Comme l’écrit Oriel Malet dans sa correspondance éditée* avec Daphné du Maurier :  » Certains lieux et demeures ont une forte personnalité, indépendamment de leurs habitants ; peut-être jettent-ils délibérément un sort à ceux qui s’apprêtent à les aimer et à les chérir. Menabilly était l’une de ces maisons où, par endroits, l’épaisseur du temps semble s’être usée et laisser apparaître le passé. On avait l’impression que certaines pièces avaient leur vie propre, qui reprenait aussitôt après le départ de l’intrus. «  

Je ne saurais dire mieux.

* Lettres de Menabilly, Portrait d’une amitié, Daphné du Maurier, Albin Michel, 1993.   

Creative Commons License

Publicités