La vie et rien d'autre

Tome 2


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Des conserves

J’ai une grand-mère qui, outre le civet de lapin et le rosbeef, prépare très bien les conserves. Mamie a 83 ans et met encore son potager et son verger à ses pieds. Un voisin vient l’aider pour bêcher, cependant. Mais tout l’été, et jusqu’à la moitié de l’automne, elle met en conserve elle-même, parfois aidée de sa soeur.

Ma grand-mère mange peu, se nourrissant toujours de la gourmandise des autres, mais ne lésine pas sur les quantités, que nous récupérons avec bonheur !

Mon premier souvenir conservé, si j’ose dire, est celui des cerises à l’eau de vie. Mon arrière-grand-père Albert les sortait du placard orange du salon, à la fin des repas familiaux, au moment du café. J’ai eu quelques fois, l’autorisation d’y goûter : croquer le fruit empêchait d’être surprise par la force de l’alcool. Il y avait aussi l’eau de vie de prunes, qui imbibait un morceau de sucre blanc et qu’on laissait fondre au fond de la tasse à café : effet puissant et réconfortant garanti !

Il fut un temps où, des granges, s’échappaient les effluves interdites des bouilleurs de cru… 

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Puis, depuis que je suis en couple, dès que nous passons voir Mamie, un échange se fait : bocaux vides contre bocaux pleins. Nous savons déjà qu’il nous faudra prévoir un coffre vide pour pouvoir y engouffrer toutes les victuailles. Bigarreaux et cerises anglaises, prunes, pêches, abricots, poires (nos préférées) au sirop pour faire des desserts d’hiver, sans oublier la compote de pommes. Ratatouille, haricots verts, carottes, haricots blancs qui feront le bonheur du gigot pascal, asperges qui attendront ma sauce mousseline, tomates, coulis de tomates qui garniront à merveille nos pizzas maison, châtaignes, mousserons des bois d’à-côté. Il y a même des années où un bocal de petits gris nous attend.

L’hiver dernier, la cave de ma grand-mère a été visitée par des malotrus et les asperges blanches s’en sont allées… Cette année, 40 kilos de tomates seront passés dans les mains de ma grand-mère dont un spécimen de 800 grammes !

Et puis Mamie innove en matière de caoutchouc : quand les articulations des doigts vieillissent et qu’on a du mal à tirer sur l’élastique, on apprécie celui qui se déchire en deux pour faire passer l’air.

Les petits pots aussi ne lui résistent pas : confitures de fraises, de framboises, de cerises, de pêches, d’abricots sont de la partie, et gelées dont celle de mûres et de coings, ma préférée.  

Ce que j’aime dans la conserve, c’est qu’au coeur de l’hiver, on ressort des saveurs d’été ; que si le frigidaire est vide, elles ont de quoi vous dépanner ; et que c’est remercier la nature de sa prodigalité que de la conserver…