La vie et rien d'autre

Tome 2


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Fou, fou, fou !

J’ai été conviée par l’Ogresse de Paris à un dîner des fous, et comme j’aime manger, que je m’efforce de devenir moins raisonnable au fur et à mesure que je prends de l’âge et que je n’avais jamais lu Stefan Zweig, toutes les conditions étaient requises pour me lancer dans la lecture du Joueur d’échecs !

 fous

Je n’aime pas les échecs, ou pour être tout à fait honnête, ils me font peur. Mon mari, puis mon fils aîné, ont tenté de m’initier, mais je fus récalcitrante à leur tentative, plus par principe que par expérimentation, ne me sentant pas capable d’anticiper et de calculer. Il faut dire que j’ai l’esprit aussi peu stratégique qu’on peut l’être, et que ce soit pour arriver à des fins humaines ou matérielles, je n’aime pas combattre. Il est donc compréhensible que j’ai pu préférer gloser sur le jeu de l’oie, qui ne demande rien d’autre que de pousser ses dés et d’avancer son pion dans une spirale ! Ma plus grande tentative en la matière fut le… Cluedo !

Lire Stefan Zweig, c’est rentrer facilement dans une histoire et en ressortir avec tout un monde en poche. Pourtant ni fastidieuses descriptions, ni folles destinées, juste des personnages qui se dépêtrent de leur vie. Ecriture élégante, légèrement surannée, banale presque, et pourtant on est happé dans l’histoire comme si on avait basculé dans un tableau.

 » Sur le grand paquebot qui à minuit devait quitter New-York pour Buenos-Aires, régnait le va-et-vient habituel du dernier moment. «  Etrange impression : sous fond de montée du nazisme, vous embarquez pour une croisière en saluant avec courtoisie vos compagnons de voyage. Etrange impression d’un monde policé dans un monde dangereux où les fous sont vos voisins de cabine.

Ici, deux joueurs d’échecs au parcours différent ; ici une histoire qui se divise en deux histoires avant de se renouer à la fin ; ici un monde aristocrate qui va disparaître bientôt ; ici, deux hommes anodins enfermés dans une obsession. Les échecs y sont-ils ici une parabole de l’Histoire, celle d’un monde bien réglé et enfermé dans ses certitudes qui va tomber dans la folie ?

Le livre fermé, il reste une étrange impressionnant de ne pas savoir si on a lu un témoignage historique, un essai sur le jeu d’échecs ou un traité sur les obsessions…

Mais voilà, que serait la vie sans surprise, remise en question, goût de l’aventure ? J’ai pris rendez-vous avec mon mari pour une première leçon d’échecs… 

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Feuilles d’automne

Septembre, octobre, novembre… une rentrée en demi-teinte et un peu de lassitude, et mon rythme de lecture fut un peu poussif, d’autant plus que mon fils de 13 ans m’avait incité à lire de la Fantasy : 

Au guet de Terry Pratchett :  » La retraite des dragons. « 
J’ai dû m’y prendre plusieurs fois… mais j’ai vaincu ! C’est une écriture sautillante, un monde totalement parallèle, des personnages fantasques et imprévisibles qui ne réfléchissent pas du tout comme moi ! Bref tout à fait difficile pour ma pesanteur d’adulte rationnel… Et pourtant, j’ai fini par aimer et admirer qu’un auteur puisse inventer comme cela. Merci mon fils.

L’envie de Sophie Fontanel :  » Pendant une longue période, qu’au fond je n’ai à coeur ni de situer dans le temps ni d’estimer ici en nombre d’années, j’ai vécu dans peut-être la pire insubordination de notre époque, qui est l’absence de vie sexuelle. « 
J’avais beaucoup aimé Grandir. L’envie n’a pas fait écho en moi : sujet trop effleuré, pudeur des mots ou difficulté à saisir l’excès de sexualité ou son absence : peut-être eut-il fallu parler plus cru, plus direct sans tomber dans la vulgarité.

Le magasin des suicides de Jean Teulé,  » C’est un petit magasin où n’entre jamais un rayon rose et gai. « 
J’aime les livres de Jean Teulé, ils sont des exercices de style ; on sent le plaisir qu’il a à s’emparer d’une histoire, à tricoter un scénario, à jongler avec les mots. Un livre simple et rafraichissant. 

 

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L’art d’avoir toujours raison, Arthur Schopenhauer,  » La dialectique éristique est l’art de disputer, et ce de telle sorte que l’on ait toujours raison, donc per fas et nefas (c’est-à-dire par tous les moyens possibles). « 
Je n’ai pas tout compris, j’ai dû relire des phrases, mais il y a quelques bons trucs pour clouer le bec aux malotrus et qu’ils y perdent leur latin !

A l’enfant que je n’aurai pas, Linda Lê.  » Toi, l’enfant que je n’aurai pas, je me demande quels traits auraient été les tiens si je t’avais donné le jour : anguleux comme ceux de mon père ou flous comme ceux de cet homme, S., que j’ai aimé cinq ans durant, avec une étonnante constance, et qui me disait avoir la fibre paternelle ? « 
Un livre douloureux, honnête (terriblement) et dérangeant.

Alabama Moon, Watt Key,  » Juste avant de mourir, Pap m’a assuré qu’il ne m’arriverait rien tant que je ne dépendrais de personne. « 
On the road, version ado. Encore une commande de mon fils cadet que cette lecture avait scotché. Une histoire peu commune, bien écrite, menée rondement.

Au pays des ombres, Gilbert Gallerne :  » Vincent Brémont s’écarta du mur contre lequel il s’était adossé pour fumer une dernière cigarette. « 
Un polar à la française, très classique, très bon scénario, trop prévisible peut-être ?

A qui la faute ? de Sophie Tolstoï en réponse à la ballade à Kreutzer de léon Tolstoï : « C’était une merveilleuse journée, claire, radieuse.  » 
L’histoire de Léon est un monument de misogynie : un décolleté un peu plongeant, une tournure de taille bien prise, et ces pauvres hommes sont perdus ; ce n’est pas leur faute, les femmes ont appris à être séduisantes… Heureusement, sa femme Sophie, qui a lu sans doute Schopenhauer (voir plus haut) lui cloue le bec, en écrivant à quel point nous sommes subtiles, dévouées et lucides… Léon est pathétique, Sophie clairvoyante et délicate : un régal russe.

Et je n’en relirai aucun : ils m’ont tous intéressé, ému, mais point trop de vibrations cet automne. Peut-être au coeur de l’hiver…


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Soleils d’été

Quelques lectures estivales à l’ombre en attendant que le soleil se fasse plus doux ou lors de soirée dans la quiétude de la maison…

 

Chocolat amer de Laura Esquivel, un texte riche de sensations olfactives, visuelles, tactiles, une vraie ode au cinq sens où sensualité et gastronomie sont étroitement liées.
 » L’oignon doit être hâché menu. »

L’armée furieuse de Fred Vargas, histoire un peu convenue mais toujours le plaisir de retrouver les personnages comme de vieux copains, et une écriture toujours efficace.
 » Il y avait des petites miettes de pain qui couraient de la cuisine à la chambre, jusque sur les draps propres où reposait la vieille femme, morte et bouche ouverte. »

La pluie avant qu’elle tombe de Jonathan Coe : joli scénario pour une histoire intemporelle. Un bon moment même si je n’ai pas trouvé l’étude des personnages suffisamment poussée… Heureux doublon, merci Christine !
 » Gill était dans le jardin quand le téléphone sonna.  » 

L’art de l’essentiel, Dominique Loreau : une théorisation de mon billet du 17 juillet dernier, c’est bon de lire, chez quelqu’un d’autre, notre propre cheminement, nos propres pensées, et de se dire qu’elles n’étaient pas si folles !
 » Un beau matin, nous nous réveillons et réalisons que nous avons trop : fouillis, ménage à faire, courrier en retard, lectures à examiner, engagements extérieurs, stress, fatigue, anxiété… « 

Les frères Holt, Marcia Davenport : ce qui me serait sans doute arrivée si je n’avais pas fait ce dont je vous parle dans mon billet du 17 juillet dernier ! Un scénario implacable comme le destin des personnages… Merci Anne !
 » Jamais je n’ai rencontré les frères Holt, et pourtant, quelques semaines à peine après leur mort, j’avais l’étrange impression que personne ne les avait connus mieux que moi. « 

L’Obscur, Jeanne Labrune. Des personnages qui vous saisissent, des rencontres d’une belle sensibilité; Juste peut-être des conversations  » sociologiques  » trop explicatives quand l’histoire se serait largement suffi à elle-même pour comprendre l’humanité ou la fatalité des évènements.
 » Accroupie dans l’odeur fade des sorbiers, Anna l’écoutait venir sur le chemin de pierre qui menait à la mare.  »  

Et je l’offrirai autour de moi pour les personnes qui ont besoin d’un soupçon de mystère et de distraction :  

Les heures lointaines, Kate Morton. Du bon et vrai romanesque avec des codes gothiques bien connus mais efficaces et une construction ingénieuse et terrrrrrriblement attttttractive !
 » Chut… Tu l’entends ? « 

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