La vie et rien d'autre

Tome 2


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Mais où est passé le bedeau ?

Hier latin matin, j’assistai aux obsèques (en français, même pas en breizh) d’une de nos voisines. Nous connaissions bien son mari qui s’occupait du jardin de notre maison avant que nous en devenions propriétaire ; puis quelques temps après sa mort, sa femme est tombée malade mais ce n’est qu’hier que la maladie l’a emportée. C’était une dame discrète et gentille que nous voyions régulièrement ouvrir ses volets les matins et les refermer le soir, puisque sa maison faisait face à la nôtre de l’autre côté de la rue.

La messe a eu lieu sans curé ;aucun ecclésiastique n’était là pour officier. C’était la première fois que j’assistai à une messe sans prêtre. Les rites catholiques ainsi que le fonctionnement du clergé me paraissent souvent ampoulés et surranés, mais je peux être aussi terriblement conformiste et des obsèques sans chasuble et étole manquent d’étoffe… si j’ose dire.

Or, il s’avère, en discutant avec des voisins à la sortie de la messe, que c’est devenu chose assez fréquente, et pas seulement dans les villages. Hier, c’était une religieuse qui officiait après en avoir été chargée par l’évêque : la lithurgie s’est déroulée normalement bien qu’il n’y ait pas eu de communion. Elle était aidée d’une autre femme.

L’Eglise a ainsi autorisé la création d’ADAP,  » Assemblées dominicales en l’absence de prêtre. C’est en réponse à l’appel de l’Eglise que la communauté chrétienne se réunit pour prier, accueillir et célébrer la Parole de Dieu et, éventuellement selon les directives de chaque diocèse, partager le pain eucharistique. Préparées avec le prêtre et animées par des laïcs, ces célébrations suivent le déroulement de la messe, mais ne comprennent ni prière eucharistique, ni consécration. « 

Apparemment cette tolérance cléricale n’a pas été sans débat, certains membres du clergé catholique craignant de verser par ces pratiques laïques, dans le protestantisme.

Tout en observant avec curiosité ces deux femmes mener la messe sans faiblir, je me suis demandée où étaient passés le bedeau, l’enfant de choeur et le sacristain : ils étaient en fait tous occupés avec le prêtre, dans la paroisse dont c’était le tour. C’est ainsi que j’ai appris que le bedeau était un laïc préposé au service matériel et à l’ordre dans une église en particulier l’ordonnancement des processions et des cérémonies. Du temps de Flaubert, on l’appelait même un suisse. Il s’est appelé aussi marguillier, arguillier, porte-verge, toutes dénominations tombées aujourd’hui en désuétude.

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 » […] le bedeau, pendu à la corde d’une cloche, se tenait prêt à commencer le carillon joyeux que commandait la circonstance… « , Mon frère Yves, Pierre Loti.

Le sacristain, lui a en charge la sacristie de l’église et des objets sacrés tandis que l’enfant de choeur sert le prêtre pendant la messe.

Je n’aurais jamais cru qu’une messe pût manquer de substance, même si cette assemblée de paroissiens était là malgré tout, reprenant les cantiques et les prières dans un bel ensemble. Mais c’était triste aussi, et pas seulement parce qu’on enterrait une charmante dame. Je me disais tout en quittant la nef, que les fidèles du quartier devraient avoir droit, tous les dimanches, à un office digne de ce nom, avec calice et ciboire !

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