La vie et rien d'autre

Tome 2


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A tous les temps et tous les modes

Voyez-vous l’avenir, c’est aujourd’hui. S’exercer à être dans le moment présent est un tour de force pour beaucoup d’entre nous, je crois. Il y a les personnes qui comme moi se laissent à penser qu’avant c’était mieux, ce qui est juste une vue de l’esprit, et ceux qui se projettent tellement dans l’avenir qu’ils programment leur retraite à 35 ans.

Et quand je dis avant, je parle des siècles passés, disons que pour moi, l’intérêt réside surtout dans le XIXème et le début du XXème siècles. J’ai la nostalgie costumée. D’ailleurs quand l’univers m’ennuie, je relis Jane Austen et je suis capable même en épluchant des pommes de terre de me soustraire totalement du monde contemporain. Je pourrais aussi me contenter de regretter le paradis perdu de l’enfance, mais à vrai dire, je n’y pense jamais sans un certain malaise. Non pas que j’y ai malheureuse d’ailleurs, mais je crois que revivre cette époque de flou, d’insouciance voire d’inconscience ne me tente plus.

Imaginer vivre dans le futur est impossible pour moi : je n’ai aucune envie de me représenter plus âgée, je manque d’imagination, et je suis tout à fait hermétique aux charmes de la science-fiction et de l’anticipation…

Dans le même ordre d’idée, je me demandais récemment si avoir un agenda, un Iphone ou tout autre outil qui découpe votre journée en une succession de tranches était une bonne chose. J’ai un même et seul agenda depuis des années, dont je renouvelle les pages tous les ans, et dont les mentions sont en noir pour le professionnel et en bleu pour le perso. Je dis souvent que mon agenda est ma seconde tête, mais je me demande si cette remarque, à priori anodine, ne revêt pas un caractère de gravité… ?

 

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Par exemple, le dimanche soir, je le consulte pour me remémorer à quoi m’attendre dans les jours suivants, ce qui est souvent source de stress (mammographie, révision de contrôle d’anglais pour le cadet, caprice professionnel à gérer…) ou d’ennui anticipé (réunion pour enfiler des perles, seconde réunion pour ne rien dire, rendez-vous chez le coiffeur…). A-ton vraiment besoin de se remémorer à l’avance que l’on va vivre… ça ?

Je sais bien qu’une psychanalyse ferait apparaître qu’avoir une relation aussi serrée avec son emploi du temps est un signe avancé de psychorigidité couplé à un manque évident de confiance en moi… Il m’est même arrivé de noter après coup un rendez-vous imprévu qui avait eu lieu ! Retour vers le futur, c’est moi !

Je crois que, malgré tout, l’esprit réussit à s’échapper. Et que noter les évènements incontournables me permet aussi de rêvasser ensuite en toute quiétude et tout à loisir. Ah voilà le mot est lâché, loisir : un concept que j’apprécie et recherche de plus en plus en vieillissant…

J’envie les personnes qui ne projettent rien et gèrent leur quotidien au jour le jour : c’est une manière de fonctionner totalement anarchique pour moi, que dis-je le summum de la fantaisie ! Mais comme ce doit être reposant…

 

 Et vous, quel est votre fonctionnement temporel ?  

En ce qui me concerne, je crois bien qu’il n’y a guère qu’en vacances où j’arrive à être dans l’instant et toute à mon aise… Vivement !

 

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Sans la télévision dans le bus mais connectée quand même

Imaginez… ça commence comme ça, il y a quelques années : un garçon de 10 ans dit à son institutrice qu’il n’a pas la télé chez lui. L’institutrice lui dit qu’il raconte des histoires parce qu’elle l’a entendu parler de dessins animés… La maîtresse manque d’imagination et n’est pas très geek. Le sang de la maman du garçon n’a fait qu’un tour, vous pensez bien… quand un adulte traite, à tort, son fils de menteur ! Non mais… La maman va donc expliquer entre-quatre-yeux à la maîtresse que son élève disait la vérité : pas de télé à la maison !

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                                                                                                   Le chat, Philippe Geluck.

Imaginez… ça commence comme ça, il y a peu : un commercial de chez Numéricable sonne à la porte, et sans laisser le temps à la maîtresse de maison d’en placer une lui fait l’article sur le cable. Au bout de 10 minutes d’un monologue promotionnel intense, il s’arrête enfin, le souffle court, et la dame lui annonce qu’ils n’ont pas la télé. Le brave homme, sonné, l’informe que c’est le cas de 5% en France et qu’il boirait bien quelque chose… Mais, la femme a pris le cable quand même (il était content le monsieur) pour avoir un excellent débit Internet et télécharger (légalement) les films que son mari et elle veulent montrer à leurs fils.

Imaginez… ça continue comme ça, récemment, sonne à la porte une contrôleuse de redevance télé, qui vient pour vérifier que la famille n’est pas une menteuse (encore oui !). Elle s’est arrêtée à la visite du salon et du bureau, sans visiter les chambres : les étagères pleines de livres ont eu le même effet sur elle que l’aïl sous le nez de Dracula…

Imaginez… ça commence comme ça, il y a une vingtaine d’année : un jeune couple emménage dans un petit appartement du 12ème arrondissement de Paris, en partie meublé. Dans le lot, une télé, style seventies, une espèce de gros mastodonte qui prend toute la place du salon, qui au bas mot lui-même devait faire 12 m2… Fascination ! Puis, quelques temps après, la télé tombe définitivement en panne (le propriétaire ne s’en offusque pas, outre mesure, vu l’âge de l’engin) : silence de mort  ! Juste après la jeune femme du couple manque de devenir folle parce que leur voisine du dessus, complétement sourdingue, écoute sa télé très, TRES FORT (vous m’entendez j’espère ?) à tel point qu’on peut deviner quelle chaîne elle regarde…

Le jeune couple, en plus à cette époque, n’a pas un rond, finit ses études, préfère lire et courir les expos et a d’autres sujets de distraction par ailleurs… Il décide donc de ne pas racheter de télévision. Les années passent. A force de se nourrir d’eau fraîche et d’amour deux enfants paraissent. Les rires, les pleurs et les conversations habitent suffisamment les lieux pour que les heureux parents, fort occupés par ailleurs, ne trouvent pas nécessaire de meubler les rares moments de bienheureux silences…

En plus, l’homme du couple lit Le Monde, et sa femme, Elle, et ils écoutent tous les deux France Inter, la radio qu’ils préfèrent…, ce qui est bien suffisant pour se tenir au courant de tout ce qui risque de nous arriver si : on prend l’avion, on mange de la viande de boeuf, si on fume, si on ne passe pas son bac, si on ne vote pas, si on vole une voiture ou si on tue son voisin, si on ne se vaccine pas, si on habite près de la mer, sous un volcan ou près d’une centrale nucléaire, si… bref, tout ce que le Ciel peut vous faire tomber sur la tête. 

Le couple cependant ne souhaite pas que leurs enfants soient privés d’une part de la culture audio-visuelle: c’est pourquoi le budget du jeune couple passe en jeux vidéos (éducatifs), en VHS (à l’époque),  en séances de ciné ou de replays documentaires, cinématographiques, journalistiques sur la Toile (de nos jours). Et ils sont bien contents comme ça, à inviter la culture chez eux plutôt que ce soit elle qui squatte la maison. Et ils sont bien contents de regarder la télé chez les mamies, papis, amis et dans les locations de vacances… Et ils se fichent un peu de quitter cet écran quand ils se rendent compte qu’ils avaient déjà vu ce film, ce téléfilm, ce documentaire, ce dessin animé, il y a un, quatre ou six ans et qu’ils se demandent à quoi sert la redevance qu’ils sont bien contents de ne pas payer (pour le moment) pour si peu de créativité… Et puis même dans les meilleures séries médicales ou policières, les malades et les morts finissent pas se ressembler…

Dans cette famille, ces circonstances sont plus le fait du hasard que d’une décision. Mais comme dit leur amie Anne-Co qui les surnomment les ayatollahs de la télévision (Il faut lui pardonner, elle est journaliste…), rien n’arrive par hasard.

Voilà aussi pourquoi je lis beaucoup, en plus du fait que j’AIME cela bien entendu, et ceci pour répondre aux réactions d’Emma et Papillon après mes petites pousses de printemps, et parce qu’aussi, j’ai la chance d’avoir 40 minutes de bus aller-retour tous les jours pour me rendre à mon boulot. Ce trajet est mon sas de compression (dans le sens de l’aller) et de décompression (sens retour), la transition entre vie de famille et vie professionnelle, le bonheur de lire, de beaucoup lire, de mûrir un futur billet ou de rêvasser aussi parfois… Bon, je vous laisse, j’ai un épisode de ma série préférée à revoir…

 

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Ce que j’écris

Ce que j’écris ne sont que des mots qui ne mettent à nu que les mots que j’écris.

Ce que j’écris cache ce que je suis.

Ce que j’écris ne me réduit pas, ou alors réduisez Picasso à sa peinture…

Ce que j’écris est une esquisse de moi-même : impressionnisme, pointillisme, abstraction plutôt qu’expressionnisme…

Ce que j’écris n’est pas un miroir de moi-même, juste un psyché cassé, une représentation fractionnée, et alors allez voir Picasso…

Ce que j’écris perd de sa pesanteur une fois écrit.

Ce que j’écris avait sans doute déjà perdu de sa gravité pour que je puisse l’écrire.

Ce que j’écris est une magie dont je suis seule à avoir la clef…

Ce que j’écris ne me trahira pas, soyez sans crainte.

Ce que j’écris, je le choisis, pas de streap-tease, juste l’envie d’être honnête.

Ce que j’écris n’atteint pas mon intégrité qui est tout au fond, au fond des choses.

Ce que j’écris déguise la vie, la dramatise ou l’embellit, la vie est un jeu !

Ce que j’écris et que vous ne lisez pas sera peut-être une autre histoire

 

Mais les mots touchent et interpellent les esprits déliés. Merci Anne.

 

   

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