La vie et rien d'autre

Tome 3


10 Commentaires

Fou, fou, fou !

J’ai été conviée par l’Ogresse de Paris à un dîner des fous, et comme j’aime manger, que je m’efforce de devenir moins raisonnable au fur et à mesure que je prends de l’âge et que je n’avais jamais lu Stefan Zweig, toutes les conditions étaient requises pour me lancer dans la lecture du Joueur d’échecs !

 fous

Je n’aime pas les échecs, ou pour être tout à fait honnête, ils me font peur. Mon mari, puis mon fils aîné, ont tenté de m’initier, mais je fus récalcitrante à leur tentative, plus par principe que par expérimentation, ne me sentant pas capable d’anticiper et de calculer. Il faut dire que j’ai l’esprit aussi peu stratégique qu’on peut l’être, et que ce soit pour arriver à des fins humaines ou matérielles, je n’aime pas combattre. Il est donc compréhensible que j’ai pu préférer gloser sur le jeu de l’oie, qui ne demande rien d’autre que de pousser ses dés et d’avancer son pion dans une spirale ! Ma plus grande tentative en la matière fut le… Cluedo !

Lire Stefan Zweig, c’est rentrer facilement dans une histoire et en ressortir avec tout un monde en poche. Pourtant ni fastidieuses descriptions, ni folles destinées, juste des personnages qui se dépêtrent de leur vie. Ecriture élégante, légèrement surannée, banale presque, et pourtant on est happé dans l’histoire comme si on avait basculé dans un tableau.

 » Sur le grand paquebot qui à minuit devait quitter New-York pour Buenos-Aires, régnait le va-et-vient habituel du dernier moment. «  Etrange impression : sous fond de montée du nazisme, vous embarquez pour une croisière en saluant avec courtoisie vos compagnons de voyage. Etrange impression d’un monde policé dans un monde dangereux où les fous sont vos voisins de cabine.

Ici, deux joueurs d’échecs au parcours différent ; ici une histoire qui se divise en deux histoires avant de se renouer à la fin ; ici un monde aristocrate qui va disparaître bientôt ; ici, deux hommes anodins enfermés dans une obsession. Les échecs y sont-ils ici une parabole de l’Histoire, celle d’un monde bien réglé et enfermé dans ses certitudes qui va tomber dans la folie ?

Le livre fermé, il reste une étrange impressionnant de ne pas savoir si on a lu un témoignage historique, un essai sur le jeu d’échecs ou un traité sur les obsessions…

Mais voilà, que serait la vie sans surprise, remise en question, goût de l’aventure ? J’ai pris rendez-vous avec mon mari pour une première leçon d’échecs…