La vie et rien d'autre

Tome 3

Ces inconnus qui vous aiment

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Il y a ceux dont l’affection nous est généralement gagnée, et malgré les épreuves et les différends, votre mère, votre père, votre famille proche, votre compagnon, vos enfants, vos meilleurs amis sont là pour vous soutenir. Leur tendresse, leur amour, leur amitié sont là pour vous aider à grandir, à vous affirmer, à devenir vous-même. Mais parfois, ces affections de longue date pêchent par un excès d’implicites non-dits et d’enjeux affectifs qui ne vous aident pas sur la voie de la clairvoyance et de la réalisation.

Et puis, il y a ceux que vous avez croisé une fois ou quelques courts instants dans votre vie, par hasard peut-être. Ils n’avaient et n’ont eu aucun rapport avec vous depuis cette rencontre. Vous n’avez peut-être jamais su leur nom et n’avez vécu que quelques minutes ensemble. Et pourtant sans être proches, des paroles qu’ils ont prononcées à votre intention ont été un puissant ressort psychologique, ou plus simplement un présent dont vous gardez le souvenir dans un coin préservé de votre mémoire. Des petites phrases dites sans attente de retour, de puissants leviers de votre confiance en vous.

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Pour moi, ce fut, en premier, une dame dans le même compartiment de train que moi. J’avais une 15aine d’années et elle une 50aine, je crois me souvenir de ces cheveux blancs. Elle était assise en face de moi, et m’avait lancé de but en blanc  » Que vous êtes belle ! ». Je me souviens avoir souri, surprise et gênée. Notre bonne éducation judéo-chrétienne nous prévient toujours contre les excès de vanité ! J’ai toujours été plutôt embarassée avec mon corps et je n’ai pas reçu, à l’époque, ce signe de reconnaissance, avec justement la reconnaissance adéquate.

Puis, il a eu ma professeur de français de Première, un vieux dragon que personne n’aimait. J’ai souvent été attirée par les personnes discrètes, réservées, introverties. Mme L. était rougissante, nerveuse, et sa timidité se manifestait par quelques accès colériques et sorties de classe très théâtrales ! Mais nous nous appréciions, peut-être parce que nous nous étions reconnues entre semblables ! J’ai choisi de faire des études d’histoire, et non pas de français, et elle a été très déçue. Elle pensait que je faisais erreur et me le dit avec sa sécheresse accoutumée, mais accompagnée pour une fois d’un soupçon de déception qui n’était pas seulement professorale. Et elle avait raison. Elle me connaissait sans doute mieux que moi-même à cette époque. Mais j’ai compris avec beaucoup de fierté qu’elle était attentive à mon avenir. C’était un signe de reconnaissance autrement vital que des bonnes notes. J’ai appris récemment qu’elle n’avait pas changé, toujours ce visage un peu féroce et cette manière de marcher… plus à creuser des tranchées qu’à fouler notre douce terre. J’ai très envie de renouer le contact avec elle, ne serait-ce que pour recevoir le coup de pied aux fesses dont j’ai grandement besoin actuellement. 

Plus tard, au début de ma carrière professionnelle, j’ai connu un formateur en communication, qui me raccompagna un jour en voiture. C’était un homme brillant et charismatique qui enseignait avec brio une manière de communiquer qui eut et a encore un très fort écho chez moi et fut une révélation. Peut-être, me raccompagna-t-il ce jour-là, pour me dire en toute discrétion :  » Alexandra, vous êtes brillante, vous réussirez.  » C’était très inattendu, spontané et totalement euphorisant.

A vrai dire, peu importe que ces compliments fussent vrais ou pas, je ne suis pas en train de vous faire un éloge de ma personne. Ces compliments et ces attentions désintéréssés sont pour moi des bijoux, des talismans, que tout comme des souvenirs de bonheur pur, je ressors parfois dans les moments de doute et de tristesse, pour me redonner confiance en moi. Ils me sont infiniment précieux.

Et vous, quelles rencontres brèves et impromptues ont jalonné votre chemin ?

13 réflexions sur “Ces inconnus qui vous aiment

  1. C’est très beau ce texte, Alexandra ! Moi aussi, comme toi, comme les autres, je garde en mémoire des petits instants comme les tiens…. Tu as raison, on devrait s’en servir plus souvent pour tenter d’avancer un peu, et contrebalancer les souvenirs, les blessures qui nous plombent… Merci.

  2. oui, des paroles comme ça qui se gravent en nous et qui nous portent. Et celles d’inconnus ont parfois d’autant plus de valeur…

  3. C’est un bien joli thème, mais il y a tant à dire ! Souvent, un regard extérieur est plus objectif. C’est le tiers cher à la psychanalyse, qui amène de la distance là où l’on a le nez dans le guidon. Et pour peu que le tiers soit bienveillant, ça fait beaucoup de bien… quelques fois pour longtemps !

  4. Un bel hommage aux inconnus! J’ai quelques souvenirs aussi de belles rencontres furtives. Des fois juste un regard complice dans une situation désagréable, une attention désintéressée, et ça illumine la journée

  5. Quel beau billet… Oui, j’en ai quelques-unes aussi dans ma besace, que je sors les jours de pluie. Une prof de français aussi, tiens. Et puis mon oncle qui m’avait encouragée à écrire… il n’est plus là mais m’accompagne.

  6. Je pense aussi au vieux monsieur croisé à l’entrée d’un supermarché, qui m’a arrêté en posant sa main sur mon bras, puis a déclamé quelques vers, le sourire aux lèvres, me regardant et regardant ma fille de 2 ans.. Il a souri puis a disparu. Je ne l’ai jamais revu.

  7. J’aime beaucoup ton billet et tous ces petits cailloux posés sur ton chemin de vie … Mon prof d’histoire-géo du collège (5 ans, OMG !),voisin direct de mes parents. A mon entrée au lycée, il m’a dit que la « vraie vie », celle que l’on se fabrique en dehors de l’école etd e la famille était celle qui importait le plus. Il m’a soutenue fortement (beaucoup plus que mes parents) dans mes choix perso et/ou professionnels et, en plus, il est donne toujours de bons conseils en matière de lecture.
    Il y a cette dame, sans âge, cotoyée pendant 3 heures sur un banc public, qui m’a prêté son oreille et ses pensées sans me juger, quand le brouillard des incertitudes prenait le dessus …

  8. Eh bien porte-les directement sur la peau ces bijoux dont tu parles et fonce!!
    1) »Puis, il a eu ma professeur de français de Première, un vieux dragon que personne n’aimait. »
    Moi, je l’aimais bien et je crois que c’était réciproque mais elle était effectivement impressionnante…
    2) »J’ai choisi de faire des études d’histoire, et non pas de français, et elle a été très déçue. »
    D’où l’urgence du blog littéraire…(sans vouloir insister…)
    3) Très émouvant. J’aime beaucoup quand tu parles de tes voyages et de ton âme. J’en conclue donc qu’il faut que tu voyages plus mais à dos d’âme.

  9. Moi aussi, je dois réfléchir…..
    Je me souviens bien de ceux qui m’ont mis des « claques verbales » pourtant…

  10. c’est rencontre là sont des trésors ! faites que tu en es d’autre

  11. .. oui mon chemin a croisé Joan Root. Rencontre déjà décrite dans un billet il y a quelques mois. Mais aussi ce sont des rencontres inattendues sur Internet, des anonymes qui écrivent merveilleusement bien, et qui de fil en aiguille, donne aussi du bonheur au quotidien.. N’est-ce pas Alex ?

  12. Sujet passionnant, il faudrait le creuser! je vais y réféchir, mais c’Est tellement vrai que parfois un seul petit mot peut déterminer toute une carrière ou un choix de vie!

  13. Trop à raconter en retour sur ce thème; juste une phrase (je crois d’Eluard) « il n’y a pas de hasard,il y a des rendez -vous »; des clins d’oeil du destin.Je le vosi comme ça.