La vie et rien d'autre

Tome 3


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Des conserves

J’ai une grand-mère qui, outre le civet de lapin et le rosbeef, prépare très bien les conserves. Mamie a 83 ans et met encore son potager et son verger à ses pieds. Un voisin vient l’aider pour bêcher, cependant. Mais tout l’été, et jusqu’à la moitié de l’automne, elle met en conserve elle-même, parfois aidée de sa soeur.

Ma grand-mère mange peu, se nourrissant toujours de la gourmandise des autres, mais ne lésine pas sur les quantités, que nous récupérons avec bonheur !

Mon premier souvenir conservé, si j’ose dire, est celui des cerises à l’eau de vie. Mon arrière-grand-père Albert les sortait du placard orange du salon, à la fin des repas familiaux, au moment du café. J’ai eu quelques fois, l’autorisation d’y goûter : croquer le fruit empêchait d’être surprise par la force de l’alcool. Il y avait aussi l’eau de vie de prunes, qui imbibait un morceau de sucre blanc et qu’on laissait fondre au fond de la tasse à café : effet puissant et réconfortant garanti !

Il fut un temps où, des granges, s’échappaient les effluves interdites des bouilleurs de cru… 

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Puis, depuis que je suis en couple, dès que nous passons voir Mamie, un échange se fait : bocaux vides contre bocaux pleins. Nous savons déjà qu’il nous faudra prévoir un coffre vide pour pouvoir y engouffrer toutes les victuailles. Bigarreaux et cerises anglaises, prunes, pêches, abricots, poires (nos préférées) au sirop pour faire des desserts d’hiver, sans oublier la compote de pommes. Ratatouille, haricots verts, carottes, haricots blancs qui feront le bonheur du gigot pascal, asperges qui attendront ma sauce mousseline, tomates, coulis de tomates qui garniront à merveille nos pizzas maison, châtaignes, mousserons des bois d’à-côté. Il y a même des années où un bocal de petits gris nous attend.

L’hiver dernier, la cave de ma grand-mère a été visitée par des malotrus et les asperges blanches s’en sont allées… Cette année, 40 kilos de tomates seront passés dans les mains de ma grand-mère dont un spécimen de 800 grammes !

Et puis Mamie innove en matière de caoutchouc : quand les articulations des doigts vieillissent et qu’on a du mal à tirer sur l’élastique, on apprécie celui qui se déchire en deux pour faire passer l’air.

Les petits pots aussi ne lui résistent pas : confitures de fraises, de framboises, de cerises, de pêches, d’abricots sont de la partie, et gelées dont celle de mûres et de coings, ma préférée.  

Ce que j’aime dans la conserve, c’est qu’au coeur de l’hiver, on ressort des saveurs d’été ; que si le frigidaire est vide, elles ont de quoi vous dépanner ; et que c’est remercier la nature de sa prodigalité que de la conserver…    

 


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Ces inconnus qui vous aiment

Il y a ceux dont l’affection nous est généralement gagnée, et malgré les épreuves et les différends, votre mère, votre père, votre famille proche, votre compagnon, vos enfants, vos meilleurs amis sont là pour vous soutenir. Leur tendresse, leur amour, leur amitié sont là pour vous aider à grandir, à vous affirmer, à devenir vous-même. Mais parfois, ces affections de longue date pêchent par un excès d’implicites non-dits et d’enjeux affectifs qui ne vous aident pas sur la voie de la clairvoyance et de la réalisation.

Et puis, il y a ceux que vous avez croisé une fois ou quelques courts instants dans votre vie, par hasard peut-être. Ils n’avaient et n’ont eu aucun rapport avec vous depuis cette rencontre. Vous n’avez peut-être jamais su leur nom et n’avez vécu que quelques minutes ensemble. Et pourtant sans être proches, des paroles qu’ils ont prononcées à votre intention ont été un puissant ressort psychologique, ou plus simplement un présent dont vous gardez le souvenir dans un coin préservé de votre mémoire. Des petites phrases dites sans attente de retour, de puissants leviers de votre confiance en vous.

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Pour moi, ce fut, en premier, une dame dans le même compartiment de train que moi. J’avais une 15aine d’années et elle une 50aine, je crois me souvenir de ces cheveux blancs. Elle était assise en face de moi, et m’avait lancé de but en blanc  » Que vous êtes belle ! ». Je me souviens avoir souri, surprise et gênée. Notre bonne éducation judéo-chrétienne nous prévient toujours contre les excès de vanité ! J’ai toujours été plutôt embarassée avec mon corps et je n’ai pas reçu, à l’époque, ce signe de reconnaissance, avec justement la reconnaissance adéquate.

Puis, il a eu ma professeur de français de Première, un vieux dragon que personne n’aimait. J’ai souvent été attirée par les personnes discrètes, réservées, introverties. Mme L. était rougissante, nerveuse, et sa timidité se manifestait par quelques accès colériques et sorties de classe très théâtrales ! Mais nous nous appréciions, peut-être parce que nous nous étions reconnues entre semblables ! J’ai choisi de faire des études d’histoire, et non pas de français, et elle a été très déçue. Elle pensait que je faisais erreur et me le dit avec sa sécheresse accoutumée, mais accompagnée pour une fois d’un soupçon de déception qui n’était pas seulement professorale. Et elle avait raison. Elle me connaissait sans doute mieux que moi-même à cette époque. Mais j’ai compris avec beaucoup de fierté qu’elle était attentive à mon avenir. C’était un signe de reconnaissance autrement vital que des bonnes notes. J’ai appris récemment qu’elle n’avait pas changé, toujours ce visage un peu féroce et cette manière de marcher… plus à creuser des tranchées qu’à fouler notre douce terre. J’ai très envie de renouer le contact avec elle, ne serait-ce que pour recevoir le coup de pied aux fesses dont j’ai grandement besoin actuellement. 

Plus tard, au début de ma carrière professionnelle, j’ai connu un formateur en communication, qui me raccompagna un jour en voiture. C’était un homme brillant et charismatique qui enseignait avec brio une manière de communiquer qui eut et a encore un très fort écho chez moi et fut une révélation. Peut-être, me raccompagna-t-il ce jour-là, pour me dire en toute discrétion :  » Alexandra, vous êtes brillante, vous réussirez.  » C’était très inattendu, spontané et totalement euphorisant.

A vrai dire, peu importe que ces compliments fussent vrais ou pas, je ne suis pas en train de vous faire un éloge de ma personne. Ces compliments et ces attentions désintéréssés sont pour moi des bijoux, des talismans, que tout comme des souvenirs de bonheur pur, je ressors parfois dans les moments de doute et de tristesse, pour me redonner confiance en moi. Ils me sont infiniment précieux.

Et vous, quelles rencontres brèves et impromptues ont jalonné votre chemin ?


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Enfin l’automne !

Le jardinier, remis en partie de ses blessures, a fait un feu de joie des pieds de tomates et des branches suite aux nombreuses tailles automnales effectuées dans le jardin.

Il me reste le lilas à étêter et les fruits momifiés à oter.

On a oublié de récolter une bonotte de Noirmoutier ! Heureusement, ça se recycle aisément d’une année sur l’autre…

Le chat a profité du dernier soleil du week-end dernier : cherchez le chat et vous trouverez la chaleur !

Des constructions-maison ont poussé dans les arbres : nous attendons nos co-locataires saisonniers !

Un dernier week-end d’été où repas sur la terrasse, grillades au barbecue et bains de soleil nous ont fait croire que c’était le début du mois de juin. Et puis, quelques nuits bien froides sans doute, et les feuilles sont tombées si subitement qu’on s’est souvenu que c’était l’automne ! 

Clic, clic

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Mais de jolies fleurs sauvages font de la résistance !     

Et aujourd’hui, j’ai mis un pull, un pantalon et des chaussettes, notre chauffage ne veut pas démarrer…