La vie et rien d'autre

Tome 3

La poussière, les objets et moi

16 Commentaires

J’ai vaincu la poussière et le désordre en plusieurs jours. Le prix à payer pour avoir une grande maison et avoir laissé passer l’année scolaire sans travaux pratiques très approfondis…

Vaincre la poussière n’est pas une mince affaire. Il y a toujours des endroits où la déloger : les bords des plinthes, les dessous de  meubles indéplaçables, les dessus des abat-jour, les corniches-moulurées-tout-en-haut. Et puis, pleine de bonne volonté, vous ouvrez une fenêtre, la brise s’engouffre dans la pièce et tous les moutons se mettent à courir…

Et une fois que toute la poussière est effacée, ou retombée un peu plus loin…, il reste les traces de doigts sur les portes, les interrupteurs, les murs…

Et c’est sans compter sur les vitres à faire. Mais comme si ces mètres carré de verre à nettoyer ne suffisaient pas, il y a aussi leur encadrement, chez nous en PVC, qui, se nettoie parfaitement avec mon dissolvant à vernis à ongles…

Et d’ailleurs, tiens, je ne vous parlerai pas de l’état de mes ongles et de la pulpe de mes doigts après qu’ils ont trempé dans différents produits d’entretien pas bios du tout.

 

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Source :  Le blog des paresseuses

 

Cela, c’est la partie ménage… Il y aussi la partie tri-rangement… Je commence par l’étage des garçons. Je m’allonge sur le parquet pour regarder sous leur lit… Si vous ne saviez pas qu’il y a un monde parallèle sous le lit de vos enfants, c’est que vous ne vous êtes pas assez penchées… Remarquez il me suffit de pointer le nez à la porte de leur chambre pour constater que ce ne sera pas un passage éclair… Je m’interroge sur la compétence experte qu’ont mes enfants à occuper l’espace. Je repense à ma mère et à la chambre de mon frère ; je repense à cette citation de la psychologue, Maryse Vaillant :  » Ce désordre matériel correspond à une nécessité qui, à cet âge, est presque vitale : l’adolescent doit désordonner le système familial pour trouver son chemin et devenir autonome.  » C’est une bonne nouvelle, en fait (si, si…) : mes enfants sont en excellente voie d’autonomisation…

Et là, j’agis en lâche, j’avoue (comme dirait mon fils cadet). Je profite de leur absence pendant quelques jours pour me transformer en un monstre implacable et je jette les objets cassés, ébréchés, en attente d’un je-vais-le-réparer-, ou ceux qui peuvent-toujours-servir mais qui prennent la poussière depuis plusieurs années sur les étagères, ou ceux périmés ou encore des vêtements non portés depuis deux ans. Du 2nd étage, je descends peu à peu, armée de mon balai-éponge, de mon aspirateur, de mon chiffon et de mes sacs poubelles 100 litres et triple épaisseur. Même le cellier, le mudroom et le garage, où mon mari règne habituellement, sont passés au peigne fin. Plusieurs passages à la jaille (ici, c’est ainsi qu’on appelle la déchèterie) seront nécessaires.

J’ai de plus en plus de mal à admettre que ma vie se réduit à ce fatras, cet empilement… L’espace autour de moi fait de l’espace en moi. Des souvenirs, qui avaient perdu toute charge affective et émotionnelle, ont été jetés. Ce que l’on devrait acheter ne devrait être que beau et utile, l’utilité n’étant pas seulement fonctionnelle mais pouvant participer à son bien-être mental. 

Mon mari, revenu de vacances, semble consentir, pour la première fois, à ce besoin d’espace et de rationalisation. Je donne aussi des livres qui ne m’ont pas touchés : si je meurs demain, je ne veux laisser à mes enfants que ceux qui m’ont façonnés. 

Partis en famille ce week-end pour une fête d’anniversaire, j’apprends que mon mari et ses réserves de pâtes ne sont qu’une petite pathologie comparée au mari d’une invitée qui m’apprend que son cher et tendre a, dans leur maison, tout un étage d’objets de récupération…     

Je crois bien que maintenant, il est plus important de posséder ma vie que tous ses objets. Pourtant je suis loin du style dépouillé, zen ou ascétique… Les maisons très vides me reposent, mais m’angoissent aussi en me renvoyant sans doute aussi à mes propres vides et peurs… Ce que j’aime dans les maisons truffées d’objets, c’est l’histoire qu’ils racontent ou qu’on se raconte…

 

Je me demande quels sont les objets qui renvoient à l’essentiel de mon âme dans la maison… Faites le test, vous constaterez qu’il n’y en a peut-être pas tant que cela qui méritent qu’on dépense des journées entières à les épousseter et à les ranger, au lieu d’aller vivre sa vie.  

 

 

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16 réflexions sur “La poussière, les objets et moi

  1. « armée de mon balai-éponge, de mon aspirateur, de mon chiffon et de mes sacs poubelles 100 litres et triple épaisseur »: si t’as une photo, je suis preneur… Je ne commenterai pas ton souvenir de ma chambre, faussée par le prisme déformant de la mère de famille en mode tornade blanche. A bientôt 40 ans, c’est avec nostalgie que je repense à ce temple, à ce havre de paix, à cet expo d’art contemporain, perpétuellement en mouvement, que le commun qualifiait de bordel.
    Je t’embrasse

  2. Pppfff … bien moi, je me suis laissée dépasser … le ménage j’aime pô ça !
    Quant au tri, c’est une fois tous les trois ans … au moment du déménagement ! et que ça fait du bien !!!
    ça va se compliquer avec deux maisons … qu’est-ce qu’on va empiler, garder et devoir ranger, dépoussiérer !!!!???? pppffff … ça me fatigue d’avance !!

  3. je n’ai pas une aussi grande maison… mais rien que la pensée de me mettre à dépoussiérer me donne une grande fatigue… heureusement grâce à toi je déculpabilise je me dis que tous ces objets ne mérite pas cette peine

  4. J’aime beaucoup beaucoup ton post, je suis exactement dans le même état d’esprit que toi !

  5. à lire pendant les vacances « L’art de la simplicité » de Dominique Loreau aux éditions Marabout. Installée depuis vingt trois ans au Japon, elle s’est imprégnée de son pays d’adoption, elle nous conseille de vider nos armoires, d’abandonner nos achats compulsifs etc…Elle est aussi l’auteur de  » l’art des listes  » Bonne vacances à toi, bonnes lectures chère Alexandra.

  6. J’ai très peu de coins à poussière et je trie et range toute l’année… parce que je déteste nettoyer, ou chercher… Je sais exactement ce que j’ai et où… Un jour, j’ai stupéfié une de mes tantes en lui sortant en cinq secondes une chemisette blanche taille 2 ans dont elle avait besoin pour son petit fils…
    Depuis un moment, je regarde les livres de travers, en me disant que je vais leur faire un sort… alors tes mots tombent juste bien…
    Mes filles lisent de plus en plus de livres pour adultes et j’aimerais qu’il n’y ait que de la qualité sur mes étagères…
    Par contre la chambre de JB peut se transformer en chantier-laboratoire… ça ne me dérange pas parce que je pense que c’est bon pour lui… On dératise de temps à autre…

  7. Considération littéraire: j’en ai marre tu écris si bien, à chaque fois je me dis que j’aurais pu écrire (ou ai écrit !) la même chose, mais moins bien ! Bon nettoyage !

  8. Considérations philosophiques: tu touches du doigt ce qui fait mal, le désordre qui nous mange. Faire le tri est nécessaire, ça me prend une fois par an aussi…à peu près au même moment. Considération pratique à la noix: merci pour le dissolvant pour pvc !!!

  9. Ah comme ce billet me parle!!!! J’ai déjà fait pas mal de tri, mais on dirait que ca me colle à la peau, le bazar revient au galop dès que j’ai le dos tourné!!! Dingue!
    Moi j’aspire à trouver aussi l’ordre et l’espace quand je rentre du travail et je t’avoue que j’ai parfois ce rêve enfantin jsute avant d’ouvrir la porte, qu’une fée soit passée en mon absence et ai tout ordonné pour moi. Hélas….

  10. Très intéressée par cet article en particulier les 3 derniers paragraphes; de quoi largement méditer!!Je déteste l’accumulation -car je suis une fille de 68 (j’étais en 1°)- et si tu veux lire un livre EX-TRAOR-DINAIRE sur l’entassemement fatal, lis et va jusqu’au bout de LES frères Holt de Marcia Davenport (va voir les critiques sur amazon)C’est tiré d’une histoire vraie et lamentable; depuis, j’ai peur de léguer à mes enfants des tonnes de trucs; c’est A LIRE et pas à jeter………

  11. merci pour l’astuce du dissolvant sur les encadrements en PVC ! pour l’instant le plus grand appart que j’ai eu faisait 35 m² donc le menage allait vite hihi…savoure bien ta maison toute belle alors !
    bnne journée Zoe

  12. … j’adore aussi ranger et nettoyer en profondeur … mais pas remarque faut pas non plus que ça revienne trop souvent ! au rez-de-chaussée c’est toujours clean … le territoire des ados c’est au 2ème ! et avant chaque départ en vacances c’est un peu un rituel. jardin et maison sont faits … faudra qu’un jour on m’explique le pourquoi d’ailleurs hormis celui de savoir la maison rangée quand on rentre

  13. c’est un grand moment de plaisirs quand tout est fini, propre et bien rangé…quelle satisfaction du devoir accomplie!
    Ce qui me fait penser qu’il faut que je m’y mette aussi….j’ai des voyages à faire à la « jaille »(c’est d’où cette expression?)

  14. Je me retrouve dans ce billet dont la sincérité m’invite à me lancer dans un Grand ménage d’Eté à défaut de celui de Printemps !

  15. J’adore trier, moins nettoyer
    Je vais lire le problème de ton mari car je suis un écureuil aussi mais uniquement pour la nourriture
    Le mois prochain je remonte tous mes livres de la cave et j’organise une grande brocante sur ma terrasse, je me réjouis!

  16. Pour mon déménagement qui arrive à grand pas, j’ai traqué les objets, écarquillé les yeux en découvrant ce que tu appelles si justement « le monde parallèle » des garçons, rempli aussi des sacs poubelle de choses diverses et suis devenue fidèle à la déchetterie LOL On s’encombre sans doute pour se rassurer, pour garnir le nid..mais comme ça fait du bien d’ouvrir grand les fenêtres et de faire entrer l’espace en même temps que le vent !!
    Je me suis reconnue dans ton billet ;o)