La vie et rien d'autre

Tome 3

Un château de rêve

9 Commentaires

Longtemps, je n’ai pas aimé Le Grand Meaulnes. Lu peut-être à la demande de mon professeur ou parce que ma maman me l’avait conseillé… Longtemps cette histoire m’a paru incompréhensible, étrange, onirique et angoissante. Je crois que la longue attente d’Augustin pour retrouver Yvonne de Galais m’avait ému.

Je n’ai jamais vu l’adaptation de 1967 avec Brigitte Fossey et Jean Blaise, mais celle récente avec Clémence Poésy et Nicolas Duvauchelle.

Puis j’ai relu le roman, les documentalistes aiment remonter à la source ! L’histoire a toujours ce léger voile d’étrangeté mais moins onirique que dans mon souvenir d’enfance. Peut-être Alain-Fournier était-il mélancolique voire pessimiste, en ces temps de guerre alors qu’un siècle nouveau porteur d’espoir commençait. Peut-être était-il conscient de la fragilité des choses ? Peut-être est-ce pour cela que sa quête d’Yvonne de Galais fut si ardente ? Peut-être pressentait-il sa mort précoce ? Après tout, il serait aisé, à la lumière de la vie d’Alain-Fournier, dont ce sera l’unique roman et qui mourra à la guerre, de voir Le grand Meaulnes comme son testament.

Pourtant dans les manuels, ce n’est pas la recherche d’Yvonne qui est souvent l’objet de commentaire de texte, mais plutôt la fête étrange. Plus qu’une fête, plus que des noces, c’est une féérie, costumée et irréelle que M. de Galais a mis en scène dans son château décrépi pour le mariage de son fils.

Cette oeuvre relue je l’avais encore en tête, quand par le hasard d’un week-end en amoureux, sur le chemin du retour nous avons visité le château de La Verrerie. J’avais lu dans notre guide qu’il avait, entre autres, inspiré le domaine des Sablonnières dans Le Grand Meaulnes. Je n’avais en tête aucune image précise et soudain en tournant le bout du bois, tout comme François, on sait que c’est lui…  » Je ne l’écoutais plus, persuadé dès le début qu’il avait deviné juste et que devant moi, loin de Meaulnes, loin de tout espoir, venait de s’ouvrir, net et facile comme une route familière, le chemin du Domaine sans nom. »pommier_257

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Dans ce vieux domaine perdu, il y a une élégante chapelle à la haute flèche effilée, à qui appartient une jolie histoire. Les murs de celle-ci furent recouverts d’un enduit, pour une raison qui s’est perdue dans l’histoire de la demeure.

Un jour de messe, une petite fille, Marguerite, fille cadette de Louise, Marquise de Vogüé, un de ses neuf enfants, s’y morfond. C’est long les sermons parfois. Assise en bout de banc, machinalement et pour tromper l’ennui, elle gratte dimanche après dimanche le plâtre qui s’effrite sur le mur. Peut-être sa maman ou sa grand-mère la surprennent-elles un jour et se fait-elle réprimander ? Il n’empêche que ses petits doigts ont mis à nu des couleurs, puis des formes qui se révéleront être de superbes fresques présentes sur tous les murs de la chapelle : ciel semé d’étoiles, galerie de portraits de famille, apôtres, martyrs et évangélistes, fleurs de lys de France et chardons d’Ecosse mêlés.

Il me plaît de croire que peut-être on les avait cachées sous cet enduit pour les protéger des révolutionnaires du temps de la Terreur où il était de mauvais ton de faire acte de religion et de noblesse, peut-être…

Les petites filles qui s’ennuient et qui font des bêtises n’existent pas que chez la Comtesse, et on les remercie ! 

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9 réflexions sur “Un château de rêve

  1. J’avais adoré l’univers du grand Meaulnes: l’espoir d’un grand amour et le monde du rêve qui l’accompagne mais j’avais été déçue par le film (la deuxième moitié en vérité) même si Clémence Poésie est une lumineuse Yvonne

  2. C’est magnifique ce domaine… Y’a plus qu’à trouver le temps pour relire ce livre ….

  3. J’ai beaucoup lu mais curieusement pas ce livre là… jusqu’à il y a 3 ans et… j’ai été très déçue. Je ne comprends pas ce livre ni son succès

  4. j’aime les anecdoctes de ce style… Bon dimanche, Samantha

  5. Je crois avoir lu Le Grand Meaulnes en 5è. J’avais adoré et cette fête m’avait éblouie. Je n’ai pas vu la version ciné, par contre.

  6. Quelles magnifiques photos ! Et quel beau texte. Effectivement je baigne dans le Grand Meaulnes. Ne manque plus que l’atmosphère de brumes et brouillards si mes souvenirs sont exacts.. Merci pour cette instructive balade.

  7. Je réponds vite fait à ton commentaire, je viens de voir que je m’étais trompée dans mon adresse et qu’il manquait un « r ». Là cela devrait fonctionner.

  8. Un post plein de charme ! Et le Grand Meaulnes… que de souvenirs. EN CM2, après un concours d’écoliers auquel je n’avais pas été particulièrement brillante, j’étais une des dernières donc à choisir le livre qui devait récompenser nos efforts. Les livres étaient présentés sur l’estrade, magnifiques, sous nos yeux. Je visais « Ben Hur » dont la version filmée m’avait fort impressionnée. C’est François, premier en tout, qui l’avait choisi. Quelle déception. Ne me restait plus que Le Grand Meaulnes, que je ne connaissais pas, que je pris sans conviction. Une camarade me dit que c’était le livre préféré de sa mère. Alors, je l’ai lu… Quel bonheur. Et je me souviens m’être dit que si ce livre m’était donné à moi qui n’avais pas brillé cette fois-là, alors tout était possible.
    Merci !

  9. Ah, j’ai appris pleins de choses, merci pour cette visite… pas lu le Grand Meaulnes, il faudra bien un jour!