La vie et rien d'autre

Tome 3

Je ne suis pas bibliothècaire, je suis documentaliste !

9 Commentaires

Après je ne suis pas fonctionnaire, je suis documentaliste… : un nouvel épisode !

En finir déjà avec l’image de la bibliothècaire, en jupe de tweed et lunettes, le regard terne et sévère derrière son comptoir, enregistrant votre prêt et répondant à une demande de livre du bout des lèvres. Les bibliothèques ont pris un coup de neuf pour la plupart, même s’il reste encore des médiathèques et bibliothèques où le culte du document (livre, cd, entre autres) reste plus important que celui de l’utilisateur. Or, sans usager, pas de bibliothèque !

Révolution des pratiques à laquelle il a bien fallu penser, la faute à Google, à Internet, et à nous tous qui confondons information et connaissance.

Les documentalistes ont eu encore plus d’urgence à appréhender ces changements, parce qu’elles s’appuient moins ou pas sur une bibliothèque physique, et qu’il leur faut donc justifier de leur utilité face au grand Google qui collecte tout, indexe tout (mais mal) et recrache tout dans un ordre de bataille parfois pertinent mais pas du tout fiable et ordonné. Or la documentaliste, en plus d’être obsédée d’informations recoupées, a tout comme la bibliothècaire ou l’archiviste horreur du désordre : elles sont toutes les trois folles de classement, de classification, de catalogage, d’indexation ; elles n’ont pas de repos avant d’avoir mis tel document, telle information, tel savoir, dans une case où on pourra le retrouver sans se perdre. Car, aujourd’hui, ce n’est plus chercher qui pose problème mais trouver son chemin dans le grand tout informationnel.

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Les documentalistes orchestrent des flux. Parfois, mon métier me fait penser à ce jeu où les participants se passent une balle et quand le jeu prend fin, celui qui a la balle en main est éliminé. Mon jeu à moi est de ne surtout pas garder l’information pour moi et d’anticiper les besoins : tel document alimentera telle base de données et sera signalé à telle personne concernée, telle information sera diffusée à l’ensemble du personnel, telle donnée sera transmise à cette personne qui pourrait bien en avoir besoin justement maintenant parce que je sais qu’elle travaille sur tel sujet. Et même les livres que j’acquiers n’ont aucune vocation à prendre la poussière sur les étagères ! N’importe quel document est fait pour être lu, utilisé, usé.

Mon poste actuel m’amène à gérer, cependant, une toute petite bibliothèque qui est plus une réserve de livres qu’un lieu de vie, contrairement à une médiathèque pour laquelle la localisation physique a encore une signification. A la réflexion, et avec ma vocation qui est d’informer les personnes qui en ont besoin, je réalise que le livre, en tant que support physique en papier, n’est rien. C’est ce qu’il contient qui est important : les moindres donnée, document, information, savoir sont le seul Graal à transmettre. Peu importe qu’il soit dans un article de revue, un livre, un site institutionnel ou un blog, c’est lui qu’il est urgent de transmettre pour que le lecteur ait son grain à moudre et le transforme en… bon pain.

On assimile encore fréquemment mon métier à celui des libraires que l’on classe souvent dans les  » métiers du livre  » . Mais nous sommes des professionnels de l’information, à mon avis bien plus proche d’un enseignant ou d’un journaliste, avec comme point commun d’être des vecteurs d’information. Ce qui diffère est dans la nature de l’information : là où l’enseignant tente de transmettre un savoir et un savoir-faire, le journaliste nous délivrera une information, et le bibliothècaire et le libraire un objet.

Bien sûr, ces professions ne sont pas parfaitement étanches, et il m’arrive de jouer dans les autres cours. Et bien d’autres  » métiers  » se sont créés autour du métier de la documentaliste que j’ai pris sous ma casquette et qui feront l’objet d’autres messages, car je suis aussi chargée de veille, record manager, gestionnaire de connaissances, webmestre, gestionnaire de contenu… Et juste un peu bibliothécaire, oui.

Merci à GG qui m’a inspiré ce message, du temps où il se déplaçait à la  » bibliothèque » …

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9 réflexions sur “Je ne suis pas bibliothècaire, je suis documentaliste !

  1. Que j’aime ce billet-là !! Je suis bibliothécaire, documentaliste, et depuis cette année, un peu professeur. Puisque j’enseigne à mes grands élèves les bases de la recherche documentaire. Persuadés qu’ils sont que grace à Google ils possèdent le savoir tout puissant, je mets un point d’honneur à leur démontrer que non !!!
    Je suis une passeuse d’information et je le revendique !
    J’aime le tweed aussi… mais aujourd »hui c’est jean et Birkenstock !

  2. C’est effectivement une belle définition de ce métier (que je ne connais pas particulièrement !!!) Mais tu as vraiment l’air d’aimer ce que tu fais et c’est super… j’aime cette approche qui place celui qui cherche au centre… Ta comparaison avec le jeu est excellente…
    Bises à SUPER GOOGLE !!!
    ))
    Isabelle

  3. Waouh, quelle femme !
    Je suis sûre que tu porterais très bien la petite jupe en tweed. Avec un p’tit air coquin, non ?!

  4. Tu sais que tu exerces le métier de mes rêves….Documentaliste, bibliothécaire tout est histoire de papiers,d’histoires,d’objets.

  5. J’ai beau faire un effort, j’arrive pas à t’imaginer en jupe de tweed et lunettes !

  6. Contente d’avoir à faire à une collègue !
    Non, ce n’est pas grave, j’aimerais beaucoup travailler avec un autre public, mais à chacun, ses talents !

  7. Moi aussi, je suis bibliothécaire, c’est grave ? Quant aux livres, bien que présents autour de moi, ne sont pas ma principale préoccupation, effectivement, je me vois comme une « professionnelle de l’information ». En même temps, voici la grande blague que j’aime servir à mes lecteurs quand ils me disent : « Bonjour, je cherche un livre  »
    Moi : « Ah, cela tombe bien, nous ne cultivons pas de carottes ici… »

  8. Maintenant les documentalistes des collèges doivent passer leur CAPES comme un prof, mais avant les documentalistes en poste étaient des profs déprimés et/ou qui ne supportaient plus de faire face à leurs élèves… Pas de professionalisation, pas de motivation, ce qui n’empêche pas d’avoir des personnes avec un super bagage intellectuel, mais qui ne sont pas forcèment contents et performants là où ils sont…

  9. Au collège, il y a une « dame CDI » pimpante, pleine d’idées, toujours ok pour prendre des élèves avec elle et leur faire découvrir des choses.
    Dans mon ancien lycée, la dame CDI (oui c’est figé comme dame pipi…) était vieille, grincheuse, et grosse (donc se déplaçait peu. Je la détestais, jusqu’au jour où elle est venue dans notre cours de français nous parler de la guerre de 1870. Ce jour-là j’ai su qu’elle était « aussi » prof. Une doc aura toujours, pour les gens, quelque chose de « moins » qu’un autre métier se rapportant aux livres, c’est bête, hein !