La vie et rien d'autre

Tome 3

Laissons nos enfants être des enfants

6 Commentaires

En lisant le texte de Pierre Rabhi Aidons nos enfants à devenir eux-mêmes, sur la non-corrélation possible entre enseignement et réussite, celui de l’espoir d’Agathe pour son fils dyslexique, et à la suite le commentaire d’Anne sur le manque de formation des enseignants face aux difficultés de leurs élèves, en parlant souvent avec mon mari professeur de lettres-histoire en lycée professionnel, en ayant eu des années de conversations enrichissantes avec les instituteurs de mes enfants et une amie assistante sociale, et en ma qualité de mère aussi, je m’interroge souvent sur ce que je veux pour mes enfants.

412893_blog

Est-ce comme pour Pierre Rabhi résister à la pression scolaire, parce que d’une part rien ne garantit que d’être éduqué permet d’avoir un métier, et parce qu’une personne éduquée ne sera pas forcément une bonne personne. Je pense qu’effectivement réussir sa vie se situe ailleurs : dans la qualité de l’écoute de l’autre, dans la tolérance acceptée qu’il soit différent de nous, dans le talent de s’exprimer sans préjugés.

Anne indiquait qu’on ne savait pas pourquoi il y avait plus de dyslexiques maintenant qu’auparavant. Mais peut-être n’étaient-ils pas diagnostiqués ? Ils étaient juste considérés comme inaptes aux études et allaient vers d’autres métiers, manuels, pratiques, concrets. Est-ce qu’il faut malgré tout pousser les plantes ? Les faire suivre par un pédopsychiatre, un orthophoniste, un instituteur spécialisé ? Peut-on résister à la pression sociale, à celle du système scolaire ?

Je repense aux enfants qui ont des difficultés avec leurs devoirs : soit qu’ils ont des parents qui ne peuvent pas les aider, soit que l’aide n’est pas appropriée. Je me souviens de ma Maman qui avait tenté de m’expliquer les divisions avec un vocabulaire qui était celui de son institutrice 20 ans avant. L’incompréhension fait vite place à l’impatience qui fait place à la colère qui dans certains cas, fait même place à une violence psychologique très forte, comme me l’a raconté une fois Valérie qui pratique comme assistante sociale dans un quartier difficile de Lyon.

Je ne serais pas prête à faire sortir mes enfants du sytème scolaire parce que mon expérience, mon éducation, mes goûts me poussent à cultiver le  » savoir intellectuel « , mais je n’en ai pas moins tort et je le sais. Heureusement, autour de moi, comme tout un chacun, je connais des personnes dont le chemin fut sinueux, chaotique qui peuvent se targuer de belles réalisations et qui ont aujourd’hui un métier qui les fait vivre, aux sens propre et figuré !

Mon fils est suivi par un orthophoniste pour une petite difficulté de langage qui révèle plus une difficulté de communication qu’une difficulté d’apprentissage scolaire, mais qui est le signe néanmoins de ce qu’il est au plus profond de lui. Dans le cas de petite pathologie, est-ce que le faire suivre par un spécialiste n’est pas lui enlever une chance d’être lui-même, d’abimer sa personnalité ? Est-ce que, pour reprendre les troubles possibles indiqués par Agathe dans le cas de la dyslexie, notre enfant ne peut pas être parfois lent, fatigable, immature, paresseux, dissipé, rêveur ? N’est-ce pas chercher à le faire entrer dans une image idéale du bon élève, bien dans sa peau ?

Est-ce que nous-mêmes adultes sommes toujours au maximum de nos possibilités intellectuelles et dans le nirvana de la sérénité ? Ne savons-nous pas que quoi que nous fassions pour les entourer et les sauvegarder nous ne leur épargnerons pas leur lot de souffrances ? Et comme dit mon mari si justement, il faut tomber de vélo parfois pour apprendre à se relever et à remonter dessus. Discours difficile à tenir, il est vrai, quand l’amour parental se tient plus au niveau du coeur que de la raison.

J’avais, dans le collège de mes enfants, participé à des simulations de jury pour des lycéens qui souhaitaient se présenter à des grandes écoles. On y jugeait plus de la capacité à avoir des relations sociales que des relations humaines.

J’ai aussi conscience d’être éduquée, de gagner ma vie et de pouvoir parler avec  » un certain  » détachement de cela. Je rappelle aussi parfois à mes enfants la chance qu’ils ont de recevoir un enseignement, de savoir lire, écrire, compter, d’avoir un pouvoir sur leur vie. Le système scolaire tel que nous le connaissons actuellement est unique, il a ses limites et ses échecs, mais il est aussi un atout incroyable voire une porte vers la liberté pour beaucoup de jeunes. Un article d’il y a plusieurs mois m’a appris cependant qu’il y avait des parents qui avaient choisi de ne pas scolariser leurs enfants et leur faisaient l’école à la maison par le biais d’organismes certifiés. Sincèrement, l’enseignement est un métier, une vocation : je ne pense pas qu’il faille mélanger les rôles.

J’ai 42 ans, je sais que la vie est ailleurs que dans ce que nous ont appris les professeurs, qu’être soi-même est un sacré tour de magie qui n’arrive pas d’un seul coup de baguette magique. Je pense qu’il faut laisser leur place à tous les professionnels, leur juste place seulement, mais les remercier aussi d’enseigner à nos enfants, de les aider, de les encadrer ; la plupart fait de son mieux avec les moyens qui lui sont donnés. Je pense que les parents sont là pour pondérer, pour exprimer leur propre intuition en essayant d’être le moins possible dans un discours dicté par leurs désirs et… leurs peurs. Vaste pari, je sais.   

Mais essayons, juste un peu, de laisser nos enfants devenir eux-mêmes.

Creative Commons License

6 réflexions sur “Laissons nos enfants être des enfants

  1. Bon eh bien … voilà … à cause ou grâce à une « pizza », je tombe sur un texte qui me touche beaucoup, beaucoup … et me porte à réfléchir …
    Oui … bien vaste sujet … que de savoir ce qu’il y a de mieux pour ses enfants …
    Un ainé est dys. aussi … et je suis toujours partagée entre le « pousser », faire en sorte qu’il réussisse le mieux possible son parcours scolaire … et « laisser faire » … faire qu’il s’en sorte comme il peut avec sa différence … car au jour le jour … il y a tellement de contraintes et de difficultés à affronter …
    Et où se trouve son épanouissement dans tout cela ???? ppppffff … j’en sais rien …
    Bref … vaste sujet … effectivement …
    J’y reviendrai à cette réflexion !!!
    Merci !
    Je pars rendre visite à Agathe … elle a écrit un livre ??? et aux autres …
    Encore merci !!!
    (ah !! sacrée pizza !!)

  2. J’ai deux filles ainées, autonomes côtés devoirs depuis le CP, à qui je dis de temps en temps, que les notes ne sont pas le plus important et qu’elles bossent pour elles, que l’éducation et le travail sont une liberté… Elles sont épanouies, et « marchent bien » à l’école sans aucune « pression »… D’ailleurs l’ainée a un palmier dans la main, et n’a pas « la science infuse »… et ce n’est pas un sujet de conflit ; elle n’est sans doute pas faite pour de longues études et ça nous est égal: il y a d’autres voies…
    Pour te détailler mon parcours avec mon fils et ses problèmes scolaires… D’abord, on m’a dit qu’il ne travaillait pas,qu’il était feignant… puis on m’a demandé si nous avions des problèmes familiaux, puis on m’a dit que peut-être j’exigeais trop de lui, trop présente et qu’il était sans doute le fils à sa maman… Je pense que tous ces préjugés ont faussé le regard de ses enseignants, d’où un dépistage tardif de sa dyslexie… J’ai aussi sans doute participé à ce retard en l’aidant beaucoup à la maison; ce qui a sans doute retardé le fait que les profs voient qu’il avait un sérieux problème (malgré tous les rdv avec ses profs pris à ma demande…)
    Je voulais bien moi qu’il soit lent, fatigable, immature, paresseux, dissipé, rêveur… mais pas qu’il soit déconnecté des autres, fatigué et malheureux

  3. Bravo Alex pour ton article et ton temoignage.
    Je te rejoins sur tous les points!!
    Et d’ ailleurs , ce matin , sur France inter, dans la revue de presse , il y a eu un sujet sur le mal être des enfants à l’ école qui m’ a beaucoup intéressé et sensibilisé (il faut dire qu’ avec notre grand gilles , on commence à tomber dans le piège du stress et donc pression sur sa réussite scolaire pour le bac et les études supérieures!!) et qui m’ a paru être une réfléxion que je n’ ai guère entendue.
    Elle n’ est pas très valorisante pour notre école!!
    Je t’ envoie le lien!
    Je pense qu’ elle rejoins ta propre réfléxion.
    http://sites.radiofrance.fr/franceinter/chro/larevuedepresse/
    BISOUILLES à toute ta famille.

  4. Oh la la, tu abordes tant de choses essentielles qu’il est impossible d’ajouter nos réflexions aux tiennes. Le sujet est vastissime……
    Parce que je suis plus âgée et que j’ai 4 enfants presque sortis d’affaires (Le dernier rentrera sur le marché du travail à la rentrée 2010) je vais juste ajouter ceci: l’aîné de mes garçons avait un rêve qui semblait inaccessible et si difficile à atteindre……….que lorsqu’il est arrivé à un degré en-dessous,
    mon mari et moi lui avons dit de s’en contenter (ne pas lâcher la proie pour l’ombre) contre notre volonté, il s’est accroché de toutes ses forces……..et il a décroché » l’objet de ses rêves ». Le dernier au contraire, avait plusieurs difficultés, du retard, , l’EN voulait le pousser dans une voie de garage, mais nous nous on voulait davantage pour lui, on lui tenait la tête hors de l’eau, on l’aidait et il se retrouve en master; tout ça pour dire que chaque individu a sa propre trajectoire a à accomplir, qu’il a besoin d’aide, mais que son avenir lui appartient, parcours tout à fait respectable (un « manuel » peut aussi bien gagner sa vie qu’un autre, et parfois s’épanouir de façon bien plus facile que dans certains milieux professionnels qui ressemblent à des jungles), parfois imprévisible et qui dépend de très nombreux facteurs , certains difficiles à maîtriser (on n’a pas de pouvoir sur tout) Non, on n’a aucune pouvoir de magicien, les choses se bâtissent au fil des jours ; nos désirs ,nos peurs jouent aussi un rôle, mais il faut du doigté pour guider sans imposer. Etre soi-même est aussi une autre aventure qui prend des années, mais je ne sais pas si c’est lié à la profession. Je ne veux pas être plus longue, du coup,j’ai l’impression de ne pas dire le 10% des pensées qui débordent……..
    bonne soirée à méditer………..
    PS: je n’ai pas dit que les enseignants manquaient de formation…………….car, j’ai eu droit à plusieurs stages (j’étais demandeuse!)

  5. supression de postes , classes surchargées , pression à gogo dur dur pour nos tetes blondes de resister,je me suis « battue » avec la maitresse de mon ainée car elle voulait lui faire faire du suivi une fois par semaine car elle a des difficultes de concentration etant fatiguée…
    c’est sur du travail en plus pour la fatiguer encore plus !!!!!!!!
    alors qu’au demeurant elle reussie tres bien!!!!!
    mais laisser les vivre !!!!!!!!!!
    je veux des enfants epanouis pas des singes savants!!!
    bisous
    florence

  6. l’école est au cœur de nombres de mes questions. Etant issue d’une famille de profs , étant moi-même à mon tour « maîtresse » le temps d’ateliers dans une école maternelle, je m’interroge sur les façons de mêler transmission de connaissance et épanouissement des élèves. Je déplore qu’aujourd’hui les matières (notamment les arts plastiques ou le sport) qui permettaient aux élèves qui n’étaient pas dans le moule de développer leurs talents soient en péril…