La vie et rien d'autre

Tome 2


4 Commentaires

Beethoven héroïque

Ecoutez de la musique classique n’est pas une évidence pour moi : rares sont les oeuvres qui m’émeuvent même si elles m’emportent et m’enthousiasment parfois.

La musique  » sans paroles  » ne se livre pas facilement à moi (et à mon fils cadet, non plus : il suffit de le voir se tortiller sur son fauteuil, puis… s’endormir). En tout cas, beaucoup moins facilement, que pour les livres, pour la peinture, même abstraite, ou pour les chants et chansons, le lien entre mon oreille et mes émotions connaît peu le son…

Quand j’assiste à un concert, mon esprit est attentif, puis il s’évade, et mes pensées finissent par se diluer. Alors que j’aimerais que la musique enflamme mon imagination.

Cependant, la Symphonie Héroïque, elle, ne vous laisse pas en paix. Votre esprit ne peut s’y dissoudre car elle est une succession ininterrompue de petits chuchotis faits de pizzicatos, de crescendos, de déferlements, de decrescendos, d’envolées puis de frémissements… Votre âme n’a pas le temps d’être touchée par une émotion, qu’il lui faut déjà passer à une autre ! On se sent balloter par des vagues tel un navire dont le capitaine aurait perdu sa boussole; on manque être jeté à l’eau par une houle alors une brise suspend un temps cet oscillement incessant.

notes_de_musique_11

Beethoven était sourd. On a du mal à le croire. Moi, qui ne distingue pas le Si d’un La, je me demande bien comment il a fait pour créer autant de notes pour autant d’instruments !

Car au concert, heureusement, il y a de quoi voir aussi : deux flûtes traversières au timbre doux et mélodieux (pour bercer Belliflora jusqu’aux lendemains), un hautbois au son grave qui donne des frissons comme une belle voix d’homme, une contrebasse VRAIMENT très grande, deux violonistes avec un bidon, deux archets qui perdent leur crin, des cuivres dissimulés à ma vue mais sonores avec ampleur, tous les musiciens en queue-de-pie et les musiciennes en noir et gris, tous en chaussures noires aussi parfois vernies, une soliste si seule qui joua en solo le premier concerto, un spectateur qui scande la mesure en hochant la tête tandis que le chef d’orchestre emballe et calme les instruments.

planorch

Crédits http://www.aflaurent.com/

L’assemblée avait un âge moyen… plus qu’honorable. Comme dit mon mari :  » ça sent la laque !  » et c’est dommage que peu de parents emmènent leurs enfants en concert. Par peur qu’ils s’y ennuient ? Parce que la musique classique est faite pour les intellos? Ou les personnes d’un âge certain ?

Sincèrement, un concert, c’est comme un livre. Il nous laisse la liberté de pignocher des notes par-ci, par-là, de rêvasser, de s’endormir, de rigoler, de chuchoter, de battre des extrêmités et de… ne pas aimer !

Creative Commons License

Publicités


5 Commentaires

Jardin de curé

Il y a quelques semaines, je me promenais en Charente-Maritime dans le parc d’un château, quand j’ai senti l’odeur forte et un peu acide du buis et c’est, comme à chaque fois, l’image d’un jardin de curé qui m’est venu à l’esprit. Et par la même, une vision de soutane, d’eau bénite, de bénitier en pierre, de prie-dieu, de Vierge à l’enfant et des senteurs de missel, de cierge et d’encens.

Et peut-être avez-vous eu, comme moi, une aïeule qui enlaçait le buis consacré sur les crucifix accrochés au-dessus des lits jusqu’aux Rameaux de l’année suivante ?

Et comme une rengaine me vint aussi la phrase mystèrieuse du Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux :  » Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat. « 

L’église n’est pas loin normalement du jardin et le cimetière primitif non plus, à moins que le jardin ne soit attenant au presbytère. Souvent il est petit, clos de murs en pierre.

Le jardin de curé se doit d’être, paraît-il, un mini jardin à la Française arrangé rationnellement, ce qui ne me plaît guère : mon tempérament contemplatif se plie difficilement à la géométrie et à sa soeur, la symétrie… Et le même jardin obéit au chiffre magique 7 car il doit :

1er commandement : prendre soin de l’estomac du curé et de sa bonne en y abritant un potager et des arbres fruitiers,
2ème commandement : orner l’église et l’autel en y cultivant des fleurs,
3ème commandement : soigner les corps en y recelant des simples,
4ème commandement : remplir le Saint Calice d’un bon vin en y accueillant une vigne,
5ème commandement : arroser le tout et abreuver les piafs du Bon Dieu en ayant de l’eau pour alimenter le bassin à moineaux,
6ème commandement : garantir l’Eternité aux fidèles en dépossédant les haies de buis (ou de laurier parfois) de quelques Rameaux pour mieux les asperger d’eau bénite (en Provence, c’est de l’olivier),
7ème commandement : et enfin, abriter une statue de la Sainte Vierge pour faciliter les prières du curé ou la lecture de son bréviaire.

 » Le jardin, d’environ un arpent et clos de murs, était un jardin de curé, c’est-à-dire plein d’espaliers, d’arbres à fruits, de treilles, aux allées sablées et bordées de quenouilles, à carrés de légumes fumés avec le fumier provenant de l’écurie.  »
Balzac, Paysans, 1844. 
Ségolène, merci de m’avoir donné envie de reprendre un peu de café… et plus deP’tites misères, j’espère.

Jardin du Prieuré de La Ferté Loupière, Yonne

Non, on ne s’y ennuie pas, car le potager et le jardin d’agrément mêlés, légumes et plantes vivaces et annuelles mélangés au sein des bordures… de buis souvent, contribuent au charme de l’endroit ! Dans ce jardin, pas si grand, conçu en carrés, les plantes ont vite débordé les haies et le jardinier laisse la nature y prendre sa légitime place, ce qui en fait un lieu paisible, foisonnant et bigarré, comme l’Eden qui enchante l’oeil. Tout est organisé mais sans en avoir l’air ; tout y porte à la méditation, mais pas à la distraction comme un vrai cadeau du Ciel !


6 Commentaires

Jardin de curé

Il y a quelques semaines, je me promenais en Charente-Maritime dans le parc d’un château, quand j’ai senti l’odeur forte et un peu acide du buis et c’est, comme à chaque fois, l’image d’un jardin de curé qui m’est venu à l’esprit. Et par la même, une vision de soutane, d’eau bénite, de bénitier en pierre, de prie-dieu, de Vierge à l’enfant et des senteurs de missel, de cierge et d’encens.

Et peut-être avez-vous eu comme moi une aïeule qui enlaçait le buis consacré sur les crucifix accrochés au-dessus des lits jusqu’aux Rameaux de l’année suivante ?

Et comme une rengaine me vint aussi la phrase mystèrieuse du Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux :  » Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat. « 

L’église n’est pas loin normalement du jardin et le cimetière primitif non plus, à moins que le jardin ne soit attenant au presbytère. Souvent il est petit, clos de murs en pierre.

Le jardin de curé se doit d’être, paraît-il, un mini jardin à la Française arrangé rationnellement, ce qui ne me plaît guère : mon tempérament contemplatif se plie difficilement à la géométrie et à sa soeur, la symétrie… Et le même jardin obéit au chiffre magique 7 car il doit :

1er commandement : prendre soin de l’estomac du curé et de sa bonne en y abritant un potager et des arbres fruitiers,
2ème commandement : orner l’église et l’autel en y cultivant des fleurs,
3ème commandement : soigner les corps en y recelant des simples,
4ème commandement : remplir le Saint Calice d’un bon vin en y accueillant une vigne,
5ème commandement : arroser le tout et abreuver les piafs du Bon Dieu en ayant de l’eau pour alimenter le bassin à moineaux,
6ème commandement : garantir l’Eternité aux fidèles en dépossédant les haies de buis (ou de laurier parfois) de quelques Rameaux pour mieux les asperger d’eau bénite (en Provence, c’est de l’olivier),
7ème commandement : et enfin, abriter une statue de la Sainte Vierge pour faciliter les prières du curé ou la lecture de son bréviaire.

 » Le jardin, d’environ un arpent et clos de murs, était un jardin de curé, c’est-à-dire plein d’espaliers, d’arbres à fruits, de treilles, aux allées sablées et bordées de quenouilles, à carrés de légumes fumés avec le fumier provenant de l’écurie. « 
Balzac, Paysans, 1844.
Ségolène, merci de m’avoir donné envie de reprendre un peu de café… et plus de P’tites misères, j’espère.

Jardin du Prieuré de La Ferté Loupière, Yonne

Non, on ne s’y ennuie pas, car le potager et le jardin d’agrément mêlés, légumes et plantes vivaces et annuelles mélangés au sein des bordures… de buis souvent, contribuent au charme de l’endroit ! Dans ce jardin, pas si grand, conçu en carrés, les plantes ont vite débordé les haies et le jardinier laisse la nature y prendre sa légitime place, ce qui en fait un lieu paisible, foisonnant et bigarré, comme l’Eden qui enchante l’oeil. Tout est organisé mais sans en avoir l’air ; tout y porte à la méditation, mais pas à la distraction comme un vrai cadeau du Ciel !

Creative Commons License