La vie et rien d'autre

Tome 2


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La Comtesse de Ségur

Lire les livres de la Comtesse de Ségur, c’est assister à une pièce de théâtre et rentrer dans un monde vivant.

Lire la Comtesse de Ségur, c’est sucer un bonbon sucré mais très acidulé aussi !

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Huile sur toile par Gaston de Ségur, vers 1840. (détail). Collection particulière.

Lire la Comtesse de Ségur, c’est aimer prendre le risque de se faire mal et d’égratigner les bons sentiments à coups de martinet.

Qui n’a pas un souvenir de L’Auberge de l’Ange gardien et des redoutables emportements du Général Dourakine ? Des petites filles modèles Camille et Madeleine de Fleurville et des cheveux frisés de Sophie sous la gouttière ? Qui n’a jamais surnommé l’âne du pré d’à-côté Cadichon ? Qui n’a pas ri et tremblé aux frasques du Bon petit diable ? Et qui n’a pas souhaité La fortune de Gaspard ?

Si un jour, vous allez du côté de la Normandie, allez rêvasser à votre enfance du côté des Nouettes et arrêtez-vous au petit Musée d’Aube, pour renouer avec elle encore une fois. Comme Sophie Rostopchine, après une enfance terrifiante et solitaire, donnez une autre chance à vos souvenirs et relisez ses histoires où morale et cruauté, énergie et violence cohabitent dans les pages.

Et remercions-la encore d’avoir donné naissance, grâce à sa force vitale et à son écriture, à un 19ème siècle qui retient son souffle et qui se meut, à un monde normalement habité de forces obscures et de besoins de rachat, qui cohabite entre anges et démons à grands coups de pinceaux.

Bibliographie

  • La Comtesse de Ségur ou l’enfance de l’art, Claudine Beaussant, Robert Laffont, 1988.
  • Une biographie qui donne la parole à la Comtesse : agréable moment imaginaire.

  • La Comtesse de Ségur née Rostopchine, Ghislain de Diesbach, Perrin, 1999.
  • Ecriture élégante et finesse de l’analyse.

  • Comtesse de Ségur née Rostopchine, Hortense Dufour, Flammarion, 1990.
  • LA biographie : très complète, très documentée, très bien écrite.

  • Le petit monde de la Comtesse de Ségur, François Bluche, Hachette, 1988.
  • Un historien qui retombe en enfance mais sans oublier de nous donner le contexte.

  • La Comtesse de Ségur ou le bonheur immobile, Francis Marcoin, Artois Presses Université, 1999.
  • Une approche littéraire, linguistique, psychologique : il faut s’accrocher mais on est récompensé !

  • La Comtesse de Ségur, Europe (revue littéraire mensuelle), juin-juillet 2005.
  • Des articles pointus pour aller au fond des choses : un régal !

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La mémoire oubliée

A quoi bon se retourner sur cette vieille photographie usée, tant de fois regardée, regardée, qu’elle n’y voyait plus rien.

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Pourtant, les teintes étaient bien conservées, le papier pas même gondolé par la possible humidité et la petite marge blanche immaculée malgré les manipulations répétées, les voyages en sac à main et les fonctions de marque-page. Qu’y avait-il à tirer de cette image : un homme jeune, très brun, très mat, les yeux noirs, le nez effilé, habillé sagement avec un col de chemise pointu comme on en faisait à l’époque. Il est bien face à l’objectif et ne le regarde d’aucune manière particulière : ni souriant, ni triste, pas vraiment absent mais assez là pour faire plaisir à…

Une belle photographie en noir et blanc dans un cadre aux bords-miroir qui trône aussi sur le buffet de sa grand-mère. Et, la jeune femme de retour d’un séjour chez son aïeule se retourne encore sur cette image. Est-ce que plus près de la lumière, elle ne pourrait pas y apercevoir quelque chose de plus dans le regard qu’elle n’aurait pas remarqué auparavant : un souvenir ? Impossible trop petite. Une ressemblance ? Mais les traits s’évanouissent quand on tente de les cerner. Un message ? L’aimait-il ? L’aurait-il aimé ? Une connivence ? Pensait-il à elle quand il fut photographié ?

A quoi bon se retourner sur ce morceau de papier glacé ? Présence virtuelle qui s’échappe quand on essaie de l’attraper : mirage, mystère, disparition. A quoi bon se retourner ? Il y a quelqu’un ? Il n’y a plus rien . Et la jeune femme se dit que ce morceau d’elle-même, elle va le ranger au fond d’un tiroir, au fond de sa mémoire car quelle punition ! Vide, interrogation, remise en question, doute, regrets, fatalité.

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Ô belle marquise !

Pas de jolis pas de porte sans d’élégantes marquises.

Je ne vous parle pas ici de la femme du marquis, ni de celle-ci et celui-ci qui pourraient folâtrer sur cette bergère à deux places à siège large, profond et à dossier bas, ni même la bague à chaton oblong qu’il aurait pu lui passer au doigt, et encore moins de l’ombrelle à manche articulé dont on peut ainsi régler l’inclinaison.

Il s’agit encore moins de cette variété de poire fondante et sucrée qui se trouvait déjà dans les jardins de Louis XIV sous les bons soins de son jardinier La Quintinie, fruit qui accompagné de chocolat peut entrer dans la recette du gâteau éponyme… Ah la marquise au chocolat… dessert glacé entre la mousse et le parfait, servi avec une crème anglaise, of course !

Non, il s’agit ici des vitres qui abritent des quais d’embarquement, des voies :  » […] la gare, bâtie une des premières de la ligne, était insuffisante, indigne du Havre, avec sa remise en vieille charpente, sa marquise de bois et de zinc, au vitrage étroit, ses bâtiments nus et tristes, lézardés de toutes parts.  » (La bête humaine, Emile Zola).

paris_est_020 Marquise de la gare de l’Est

Mais c’est d’abord un terme militaire : le surtout qui se met par-dessus les tentes des officiers pour mieux les protéger de la pluie, et aussi la tente que l’on plaçait sur les navires à voile pour s’abriter des chaleurs tropicales. C’était même le toit avancé mais non vitré et soutenu par des piliers d’un théâtre près duquel on pouvait descendre de voiture à l’abri de la pluie.

En aucun cas, vous ne confondrez avec une véranda, un jardin d’hiver ou une verrière !

Celle que j’aime est, à partir de 1835, un auvent vitré au-dessus d’un perron ou d’une porte d’entrée, juste avant le vestibule ; anciennement elle se trouvait plus particulièrement au-dessus de la porte donnant sur le jardin. Et dans les maisons de maître, c’est encore là qu’on les trouve le plus souvent. Il en est d’admirables,  » juponnées  » comme la crinoline d’une marquise n’est-ce-pas, à une, deux ou trois pentes ou en demi-cercle, avec une armature de fine ferronnerie en volutes, et un beau verre taillé opaque, et de plus sobres mais qui offrent aux maisons bourgeoises ce-je-ne-sais-quoi, d’accueillant et d’élégant.

marquise

Mes outils :

Le petit Larousse 2000 (qui comme dirait mon fils Vincent est tout sauf petit),

Le Robert (en  deux volumes),

Dictionnaire de synonymes et contraires, le Robert (encore !),

Le Littré ou Dictionnaire de la langue française d’Emile Littré,

Dictionnaire culturel en langue française, le Robert (décidemment, on n’arrête plus Bob…).

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