La vie et rien d'autre

Tome 2


Je suis mortifiée

Je suis mortifiée… C’est-à-dire ? Je vous rassure, je ne suis ni rendue insensible aux tentations par la pratique des mortifications, vu que je cède toujours beaucoup trop aux premières sans, heureusement, pratiquer les secondes !

Je ne suis pas non plus mortifiée dans mes chairs, puisque j’en prends le plus grand soin par les tentations sus-citées, et que je n’ai pas vocation à être faisandée comme un faisan ramené de la chasse par mon grand-oncle, et même si -comprenons-nous bien- le fumet de ce gibier lui donne une toute autre saveur après quelques jours passés au cellier !

En fait, la vérité est que parfois on m’a fait cruellement souffrir dans mon amour-propre tout comme  » Germain fut mortifié qu’on le supposât déjà épris «  (George Sand) ou Marianne Dashwood à propos du Colonel Brandon (2:20) dans la récente adaptation de la BBC de Raison et sentiments.

Si vous préférez, me voici, blessée, froissée, vexation à laquelle il faut ajouter une pointe d’humiliation

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Si cette mortification est forte et notoire, elle peut être vécue comme un véritable affront voire un camouflet !

Hélas, il m’est arrivé déjà d’être froissée, honteuse ou de me sentir humiliée, à tort ou à raison, mais je ne pense pas m’être jamais sentie mortifiée, peut-être parce que nous nous préoccupons beaucoup moins, de nos jours, de l’opinion d’autrui.

Mes outils :

Le petit Larousse 2000 (qui comme dirait mon fils Vincent est tout sauf petit),

Le Robert (en  deux volumes),

Dictionnaire de synonymes et contraires, le Robert (encore !),

Le Littré ou Dictionnaire de la langue française d’Emile Littré,

Dictionnaire culturel en langue française, le Robert (décidemment, on n’arrête plus Bob…).

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Un petit carré de piscine

J’ai passé de réguliers mois de juillet, depuis mon plus jeune âge, dans la maison de mes grands-parents sur l’Ile de Noirmoutier.

En face de notre maison blanche aux volets bleus, il y a eu longtemps une piscine aux hauts murs blancs. On y entrait en passant dans une pataugeoire avant d’accèder au grand bain. L’intérieur de la piscine était recouvert de petits carrés de céramique de couleur bleue claire légèrement irisée.

Cette piscine était réservée aux habitants du village qui étaient tous la plupart des estivants; encore aujourd’hui peu de personnes s’y sont installées à demeure. Puis la piscine fut détruite, sans doute faute de fréquentation : la grande plage de sable est à 500 mètres de là derrière les dunes…

Longtemps on a trouvé dans le sable à proximité de son ancien emplacement des petits carrés bleus…, puis le temps a passé.

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Il y a une dizaine d’année quand je vivais à Paris, j’ai participé à des ateliers d’écriture Elisabeth Bing et j’ai relaté ce souvenir. Quelques semaine après l’écriture de ce texte un brin nostalgique, ma famille et moi sommes allées en vacances dans notre maison de Noirmoutier. L’été, j’ai souvent plaisir à me rendre à la plage pieds nus. Quelle délectation après plusieurs saisons les pieds enfermés dans des chaussures plus ou moins confortables de sentir le contact du sol. La seule précaution à prendre est de se méfier des chardons piquants, des cailloux traitres et de ne pas écraser les jolis, odorants et rares oeillets sauvages mauves… J’avais donc les yeux rivés sur mes orteils quand, cheminant dans un passage moins herbeux, j’aperçus un… petit carré bleu à moitié enfoncé dans le sable !

J’ai été à la fois interloquée et enchantée de cette apparente coïncidence. Mais je crois plutôt que sans doute, je n’aurais pas vu ce petit carré bleu si, dans ma mémoire, je ne l’avais pas ressucité. Les psychologues appellent cela la synchronicité qui selon Jung est  » une coïncidence temporelle de deux ou plusieurs événements sans lien causal entre eux et possédant un sens identique ou analogue… ».

Pour moi, c’est comme si mon enfance me faisait un clin d’oeil et me prouvait qu’elle était toujours avec moi !

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Le civet de Mamie

Le civet de ma grand-mère est, pour moi, le plat de mon enfance. Il m’a fait saliver quand j’étais petite et je n’imagine pas que quelqu’un d’autre sache le faire à part ma grand-mère et moi !

La sauce est brune, onctueuse, puissante ; le lapin est tendre et parfumé. C’est un plat qui est meilleur cuit la veille car le lapin apprécie d’être réchauffé : il y gagne en saveur et en fondant. Son meilleur accompagnement sont les pommes de terre vapeur, que l’on mange agrémentées de la sauce bien entendu.

C’est un plat où il est recommandé de lécher son assiette ou d’abuser du pain pour la saucer.

Quand ma grand-mère nous annonce qu’elle a fait  » son  » civet, mon estomac frémit ainsi que mes papilles gustatives tandis que mon nez hume l’air tandis que mon enfance revient au galop.

L’odeur du civet est assez forte car la fameuse sauce est faite de sang mêlé au vin rouge, et on choisit celui-ci de bonne qualité évidemment ! Vapeurs d’alcool, fumet de sang, parfum de lapin… tout se mélange intimement pour un plaisir des sens vraiment hors du commun.

J’achète mon lapin chez un petit producteur des halles de ma ville. Pour des raisons sanitaires, il ne peut pas venir de lui-même avec du sang ; je dois donc lui commander la bête et son sang une semaine à l’avance… L’attente n’en est que meilleure !

Fille de la ville, mais élevée un temps par ma grand-mère qui m’emmenait en week-end à la campagne chez mes arrières-grands-parents, je n’ai jamais eu d’états d’âme à manger les animaux que je voyais autour de moi. Mémère élevait des lapins dans des clapiers, et j’ai vu ma grand-mère armée d’un couteau bien effilé égorger le lapin, recueillir son sang puis le dépouiller en un tour de main. Je pense que c’est un bienfait de montrer à un enfant que la viande de son assiette n’y est pas tombée toute cuite. Le spectacle n’est pas si  » violent  » que cela, si les choses sont faites avec un minimum de souffrances pour l’animal et si on explique que c’est dans un but alimentaire. Pourtant, je me suis souvent extasiée devant ces lapins quand ils n’étaient encore que des lapereaux tout doux et duveteux…

 

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Nature morte au lapin, Jean-Baptiste Chardin, 1735

Je me souviens de vacances d’été où ma grand-mère avait emmené, dans le coffre de la voiture, un lapin vivant avec le projet de le faire passer à la cocotte pour le plus grand plaisir de ma cousine Delphine et moi. Il a séjourné quelques jours dans le garage de notre maison de bord de mer avant de… donner naissance à toute une portée, et d’échapper ainsi à un grand destin gastronomique !

 

 

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